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La place des femmes dans le paysage de la création d'entreprise

Les enjeux de l'entrepreneuriat féminin

La contribution de l’entrepreneuriat féminin au développement économique et social de la société ne fait plus de doute. Pourvoyeuses d’emplois directs (le leur mais également celui de leurs salariés), de croissance économique et d’innovations, les femmes restent cependant moins nombreuses à entreprendre que les hommes dans la majorité des pays (GEM, 2017). 

Conscients des enjeux et du potentiel économique des femmes entrepreneures, de nombreux pays à travers le monde prennent des mesures destinées à favoriser l’entrepreneuriat féminin. L’Union Européenne s’investit également dans ce domaine, percevant l’intérêt pour la compétitivité de l’Europe sur la scène mondiale (JANSSEN, 2016). Ainsi, différentes mesures ont été mises en place ces dernières années pour favoriser la création d’entreprises par les femmes, comme par exemple : 

  • Le lancement en 2000 du réseau de promotion de l’entrepreneuriat féminin (WES) dont le but est de développer la visibilité de l’entrepreneuriat des femmes et le nombre de femmes concernées.
  • Le vote du Small Business Act en 2008 qui prévoit la mise en place d’initiatives en faveur de l’entrepreneuriat féminin.
  • La mise en place du projet FAME (Femmes ambassadrices de l’entrepreneuriat au féminin) en 2009.
     
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La France se mobilise également autour de ce sujet. En 2013, dans la poursuite des Assises de l’entrepreneuriat, trois ministères (ministère en charge des Droits des Femmes, ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieure et de la Recherche et ministère délégué chargé des PME, de l’Innovation et de l’Économie numérique) ont signé le plan Entreprendre au féminin. Ce plan prévoit de faire progresser de 10 points en 5 ans le nombre d’entreprises créées par des femmes, de valoriser leur contribution au développement économique et de permettre à certaines d’acquérir une autonomie financière en créant leur propre emploi. Ces objectifs doivent être atteints au travers d’actions de sensibilisation et d’information, de mesures d’accompagnement des nouvelles cheffes d’entreprise et de l’amélioration de l’accès au financement des nouvelles entreprises.  

Un plus fort coup de fouet à la croissance !

"Les femmes et les hommes sont complémentaires dans le processus de production : l’accroissement du nombre de femmes dans la population active devrait entraîner des bienfaits économiques plus importants qu’un accroissement équivalent du nombre d’hommes (…). Ce constat a de profondes conséquences.
Un plus fort coup de fouet à la croissance : Dans la mesure où les femmes apportent de nouvelles compétences au monde du travail, l’augmentation de leur participation à la main d’œuvre (moyennant la réduction des obstacles qui s’y opposent) entraîne une amélioration de la productivité et une accélération de la croissance qui dépassent ce que l’on pensait précédemment. En effet, notre étalonnage semble indiquer que, pour la moitié inférieure des pays de notre échantillon sur le plan de l’inégalité entre les sexes, l’élimination des disparités femmes–hommes pourrait entraîner une augmentation du PIB de 35 % en moyenne. Une telle accélération de la croissance provient pour quatre cinquièmes de la hausse de la population active, mais pour un bon cinquième des bienfaits de la diversité de genre sur la productivité.
Une augmentation de la productivité : Dans les situations où les disparités femmes–hommes se sont atténuées au fil du temps, l’interprétation des données a accordé trop d’importance à l’amélioration de l’efficacité (ou aux gains de la productivité totale des facteurs) comme source de croissance. En réalité, l’amélioration attribuée à la productivité s’explique en partie par l’augmentation progressive du nombre de femmes dans la main d’œuvre."

Une place grandissante des femmes dans l'entrepreneuriat

Selon le dernier rapport du Global Entrepreneurship Monitor (GEM, 2017), l’écart entrepreneurial entre homme et femme se retrouve dans tous les pays occidentaux.

La France fait partie des pays avec un faible taux d’entrepreneuriat féminin (part des femmes en âge de travailler – de 18 à 64 ans – qui sont en phase de démarrage d’une activité ou qui ont créé leur entreprise depuis moins de 3,5 ans). À 3,4 %, ce taux est néanmoins légèrement plus élevé que ceux observés en Allemagne (3,1 %) ou en Italie (3,3 %).
En revanche, certains pays développés connaissent des taux plus importants : 13 % au Canada, 11 % aux États-Unis, 9 % aux Pays-Bas, 7 % en Irlande et au Luxembourg, 6 % au Royaume-Uni.

En Europe, un quart des femmes crée leur entreprise par nécessité, soit 30 % de plus que chez les hommes.

En France, 37 % des créateurs de micro-entreprise de la génération 2014 était des femmes et 28 % des créateurs d’entreprises classiques. Ainsi, l’estimation sur l’ensemble des créations d’entreprise (tous statuts juridiques confondus) porte à 32 % le taux des nouvelles entreprises de la génération 2014 dirigées par des femmes.

Leur présence a sensiblement augmenté au fil des années. Les femmes dirigeaient 26 % des créations de 2002, 29 % en 2006 et 32 % en 2010 (APCE, 2015) ; en douze ans, la part des femmes parmi les créateurs d’entreprise en France a donc augmenté de 6 points.

Quatre créateurs d'entreprises individuelles sur dix sont des femmes

" En 2018, les femmes ont créé 39 % des entreprises individuelles. Cette proportion est quasi stable depuis 2015, alors qu’elle augmentait progressivement depuis 30 ans (29 % en 1987 et 33 % en 2000).
Elle est quasiment identique pour les créations d’entreprises individuelles classiques et pour les immatriculations sous le régime du micro-entrepreneur.

Comme les années précédentes, la part des hommes est la plus élevée dans la construction (98 %), les transports et l’entreposage (94 %) ainsi que l’information et la communication (77 %).
À l’opposé, les femmes sont majoritaires dans la santé humaine et l’action sociale (75 %), les autres services aux ménages (70 %), l’industrie (52 %) et l’enseignement (50 %)."

Secteur d'activité * Hommes Femmes
  Industrie 48,4 51,6
  Construction 97,6 2,4
  Commerce ; réparation d'automobiles et de motocycles 63,9 36,1
  Transports et entreposage 93,8 6,2
  Hébergement et restauration 63,4 36,6
  Information et communication 77,1 22,9
  Activités financières et d'assurance 65,7 34,3
  Activités immobilières 52,4 47,6
  Activités spécialisées, scientifiques et techniques 53,9 46,1
  Activités de services administratifs et de soutien 57,2 42,8
  Enseignement 49,8 50,2
  Santé humaine et action sociale 25,5 74,5
  Arts, spectacles et activités récréatives 60,4 39,6
  Autres services aux ménages 29,7 70,3
  Ensemble 61 39


* Niveau d'agrégation A21 de la NAF rév.2 (sauf pour l'industrie qui est en A10).
Lecture : en 2018, 39 % des entreprises individuelles sont créées par des femmes.
Champ : ensemble des activités marchandes non agricoles (répertoire Sirene).

Les femmes dans les profils des créateurs de la génération 2014

Les créateurs d’entreprises de 2014 peuvent être décrits selon sept profils-types appartenant à quatre grandes catégories : les jeunes diplômés qui entrent sur le marché du travail (8 % des créateurs), les entrepreneurs qui recherchent une activité de complément (31 %), ceux qui veulent créer leur propre emploi (40 %) et les créateurs expérimentés (21 %). 

Débuter sur le marché du travail pour les jeunes diplômés
Le profil-type des jeunes créateurs diplômés (8 % des créateurs) concentre quasiment tous les créateurs qui étaient étudiants ou scolaires avant de créer leur entreprise. Ils représentent 66 % de ce profil. Neuf sur dix ont moins de 30 ans. Ils sont le plus souvent auto-entrepreneurs (66 %) et créer leur propre emploi est leur motivation première. Ils sont surreprésentés dans les Activités spécialisées, scientifiques et techniques ou en Information et communication. Leur niveau de formation est élevé (54 % ont un diplôme de niveau bac+3 ou plus), 42 % sont des femmes et 39 % s’immatriculent en Île-de-France. Les moyens engagés sont faibles avec moins de 1 000 € pour 69 % d'entre eux.

À la recherche d’une activité et d’un revenu de complément
Le profil-type des créatrices de l'Enseignement et de la Santé (8 %) est dominé par les entrepreneures individuelles (37 %) et les auto-entrepreneures en activité de complément (34 %). La forte féminisation de ce profil (69 %) est liée à l'orientation très marquée vers la Santé humaine et l'action sociale (42 %), mais aussi l'Enseignement (25 %). Les agents de la fonction publique sont fortement surreprésentés dans ce profil (40 %). Avec 82 % de diplômés de l’enseignement supérieur, c’est le profil pour lequel le niveau de formation est le plus élevé.

Les femmes dans la création d'entreprise innovante

" En moyenne entre 2000 et 2016, seuls 10 % des porteurs de projet à l’origine des entreprises innovantes issues du Concours i-Lab ou des incubateurs de la recherche publique sont des femmes. Cette part, qui fluctue fortement d’une année sur l’autre (graphique), est orientée à la baisse depuis 2009 (taux de croissance annuel moyen de - 3,7 % entre 2009 et 2016) après avoir connu une période de forte croissance (taux de croissance annuel moyen de + 5,4 % entre 2000 et 2009).

En 2016, elles sont à peine 11 % à l’origine de la création d’entreprises innovantes C&I. Toutefois, le palmarès 2018 des lauréats i-Lab, qui porte à 19 % les prix remis à des femmes, est encourageant et peut-être annonciateur d’une évolution du profil des créateurs d’entreprise.

La part des femmes créatrices d’entreprises innovantes C&I est plus élevée lorsque le projet est issu de la recherche publique que lorsque le projet ne l’est pas (12,3 % contre 9,1 % en moyenne entre 2000 et 2016), ce qui peut refléter le fait que les femmes sont plus fréquemment titulaires d’un doctorat : 41 % en moyenne entre 2000 et 2016 contre 29 % pour les hommes."
 

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23 % des femmes sont ou ont été inscrites dans une dynamique entrepreneuriale

La différence entre les genres en matière d’entrepreneuriat ressort également de l’Indice entrepreneurial français de 2018 (AFE, Fondation MMA les entrepreneurs du futur, Pôle emploi, 2018) avec un dynamisme entrepreneurial moindre chez les femmes :
- 23 % d’entre-elles sont inscrites dans une dynamique entrepreneuriale contre 37 % des hommes ;
- elles sont moins nombreuses que les hommes à avoir créé une entreprise (9 % sont cheffes d’entreprise et 8 % ex-cheffes d’entreprise pour respectivement 15 % et 19 % des hommes) ou à avoir l’intention de créer ou reprendre une entreprise (17 % des femmes contre 21 % des hommes).

Elles ont aussi moins d’antécédents "entrepreneuriaux" : elles ont moins fréquemment suivi des cours ou formations portant sur la gestion ou la création/reprise d’entreprise (17 % contre 24 %) et ont moins souvent monté ou dirigé une association (13 % contre 29 %).
 

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Une revue des spécificités féminines entrepreneuriales

Au-delà des rapports au genre véhiculés par la Société (culture, éducation et institutions) qui influent sur les caractéristiques entrepreneuriales implicitement considérées plutôt comme des valeurs masculines (JANSSEN, 2016), et des préjugés de genre, conscients et inconscients, qui agissent sur toutes les parties prenantes d’un projet entrepreneurial féminin, que ce soit l’entrepreneure elle-même, sa famille, son entourage professionnel, etc. (ANDRIA, GABARRET, 2016), les différences entre homme et femme en matière d’entrepreneuriat se révèlent à plusieurs niveaux et les spécificités féminines sont nombreuses (ALEXANDRE, 2016) : 

  • La personnalité des dirigeantes. Elles sont souvent qualifiées de sociales, d’altruistes, d’humaines, d’éthiques et d’audacieuses. Elles sont davantage portées par le sens de la tradition et de ce fait, la gestion de leur projet et de leur entreprise est fortement influencée par des facteurs socio-culturels (dont la religion et les valeurs issues de l’enfance et de l’éducation). De plus, elles attachent une grande importance aux relations personnelles et au bien-être psychologique. 
     
  • Les motivations qui les poussent à entreprendre. Elles entreprennent plus fréquemment par nécessité, les motivations économiques n’étant pas prioritaires (ANDRIA, GABARRET, 2017). Par ailleurs, elles sont nombreuses à créer dans une activité qui relève plutôt d’une passion, ce qui conduit une grande partie d’entre elles à entreprendre dans un secteur totalement différent de celui dans lequel elles évoluaient précédemment (JANSSEN, 2016).
  • Une plus grande aversion au risque. La création est souvent vécue par les femmes comme limitant les risques au regard du contexte dans lequel elles se trouvent au moment de la création. Par ailleurs, certains aspects contextuels de l’entrepreneuriat (la flexibilité des horaires et du lieu de travail, la conciliation vie familiale et vie professionnelle, le soutien affectif et économique du conjoint, la pluralité des dispositifs d’aide à l’entrepreneuriat et la confiance dans leur employabilité) sont perçus comme une protection au risque et conditionnent ainsi le passage à l’acte (ANDRIA, GABARRET, 2016).
     
  • Les entreprises féminines sont surtout présentes dans les activités de services et le social. Comparées aux entreprises masculines, elles sont de plus petite taille en termes de salariat, plus jeunes et détiennent moins de liquidité.
     
  • Les performances des entreprises des femmes sont relativement moins élevées que celles des hommes en termes de chiffre d’affaires et de recrutement, mais aussi de rapidité d’expansion et de taux de croissance (JANSSEN, 2016). Elles ont des niveaux d’investissement moins conséquent.
     
  • Les femmes sont considérées comme ayant une bonne gestion de leur entreprise, prudente et économe. Elles ont le sens de l’épargne et préfèrent emprunter peu. 
     
  • Elles subissent des freins et rencontrent des obstacles liés aux préjugés et stéréotypes de genre
     
  • Les Femmes font preuve de leadership. Leur management est horizontal, participatif, plutôt démocratique, interactif, ouvert. Elles développent une relation de qualité avec leurs équipes et apportent une dimension plus humaine et plus sociale à leur entreprise.
     
  • L’équilibre vie de famille / vie professionnelle est souvent essentielle dans les projets féminins. D’ailleurs la flexibilité pour concilier les deux traduit la réussite, aux yeux de beaucoup de femmes, contrairement aux hommes qui placent davantage la réussite sur le plan financier et économique (ANDRIA, GABARRET, 2017). 
     
  • Les femmes ont un réseau professionnel moins étendu que celui des hommes. Elles privilégient le réseau informel et considèrent leur réseau familial et proche (conjoint, famille, amis) comme leur principal atout à l’inverse des hommes qui considèrent plutôt les relations professionnelles comme des atouts (avocats, banquiers, experts-comptables, etc.). Ces réseaux d’affaires sont plus accessibles aux hommes en raison des postes qu’ils occupaient avant la création de leur entreprise (SANTONI, BARTH, 2014).
    La spécificité du réseautage féminin est un important obstacle pour le développement de leur carrière, la création de leur entreprise et son développement, en raison d’un moindre accès au conseil, à l’information et au réseau institutionnel.
    Par ailleurs, l’utilisation du réseau pour les femmes, qui y voient une source d’inspiration, de modèle à suivre, est également divergente de celle des hommes, qui y recherchent du contact et de l’apport d’expérience.

Vers une typologie de l'entrepreneuriat féminin

Si les entrepreneures peuvent être considérées comme un ensemble homogène au regard des spécificités qui les différencient de leurs homologues masculins, elles n’en sont pas moins hétérogènes par la diversité des profils féminins qui le composent : motivations et aspirations, contexte familial, professionnel et sociétal dans lequel intervient la création, l'expérience et le vécu de l’entrepreneure. 

L’analyse des motivations des entrepreneures prend forcément en compte le cycle de vie de la femme et de sa famille. Entrepreneuriat et famille sont intimement liés, s’influençant réciproquement. A. ANDRIA et I. GABARRET (2016) distinguent trois figures types d’entrepreneures à partir d’une étude des motivations :

  • L’entrepreneuriat par nécessité. Il est essentiellement motivé par l’impératif d’assurer les besoins primaires du foyer (survie et sécurité). Il intervient par réaction à des situations incontournables ou négatives : la subsistance du foyer, une situation de chômage, des pratiques discriminatoires, la marginalisation…
    Dans les pays considérés comme économiquement plus avancés, l’entrepreneuriat par nécessité se retrouve dans les populations difficilement employables, mais aussi des personnes avec un haut niveau de qualification et donc avec des salaires trop élevés. Les femmes sont plus concernées que les hommes par ces facteurs de précarité sociale.
     
  • L’entrepreneuriat par opportunité ou transition de carrière. Il concerne des femmes déjà en emploi qui décident de se lancer dans l’entrepreneuriat, dans une démarche volontaire, suite à une insatisfaction, une frustration professionnelle (plafond de verre, recherche d’épanouissement professionnel…). Les femmes concernées sont motivées par le désir de relever un défi, d’exprimer leur créativité, de trouver une opportunité… Elles cherchent à se réaliser elles-mêmes, à être satisfaites de leur travail. Sont présentes dans cette catégorie, les entrepreneures dont l’entrepreneuriat est la voie professionnelle choisie dès la fin des études ou qui placent l’entrepreneuriat dans une continuité de carrière. 
     
  • L’entrepreneuriat par conciliation travail-famille. Il trouve son enjeu autour de la maternité et l’épanouissement à la fois professionnel et familial. L’entrepreneuriat devient alors un moyen de poursuivre une carrière tout en assumant ses impératifs familiaux par la flexibilité qu’il permet quant aux horaires et au lieu de travail. Les deux environnements, familial et professionnel, vont s’imbriquer et se façonner réciproquement. Cet entrepreneuriat relève à la fois d’un choix professionnel et d’un choix de vie (JANSSEN, 2016).

    Un courant en est issu : les mampreneurs. Selon A. ANDRIA et I. GABARRET (2017), les motivations ou plutôt les influences de contexte qui poussent les femmes à créer une entreprise ne sont pas exclusives les unes des autres et les mampreneurs en combinent plusieurs relevant à la fois de la nécessité et de l’opportunité.
    L’opportunité, ici, est éloignée des opportunités économiques classiquement attribuées aux entrepreneurs, il s’agit davantage d’une réponse à un manque perçu, comme par exemple : l’absence de flexibilité dans le milieu professionnel, notamment au moment de la maternité, la recherche d’une conciliation vie familiale et vie professionnelle, le sentiment de plafond de verre en tant que femme, puis en tant que mère. Ces insatisfactions professionnelles vont donner lieu à la recherche d’une situation professionnelle plus satisfaisante qui permettra aux femmes de se réaliser.
    Toutefois, le facteur économique est bien présent dans la création d’entreprise par cette catégorie de femmes, dans la mesure où cette création leur permet de gagner de l’argent, de dégager un revenu... Mais ce n’est pas leur principale motivation. La nécessité est liée au chômage, certaines femmes ayant fait ce choix afin de bénéficier des mécanismes d’aides dispensés aux demandeurs d’emploi ou pour suivre leur mari. 

    Le Mampreneuriat s’inscrit donc dans une nouvelle conception de la carrière professionnelle des femmes, mais également de l’entrepreneuriat tel qu’il était défini jusqu'alors avec des caractéristiques masculines visant la performance économique et la croissance rapide de l’entreprise (ROCHOMME-HUET, VIAL, 2017). 

Des spécificités qui tendent à s'effacer dès que l'entreprise prend de l'ampleur

Dans la littérature, se dessine un consensus quant aux spécificités de l’entrepreneuriat féminin et à l’hétérogénéité des profils qui composent cette catégorie d’entrepreneurs. S’il est loin d’être le plus répandu, un certain nombre de femmes ont un profil d’entrepreneur classique répondant aux définitions traditionnelles de l’entrepreneuriat par opportunité économique : elles vont s’orienter vers des entreprises de croissance dans des domaines industriels et technologiques (JANSSEN, 2016), traditionnellement plus masculins.
D'ailleurs, pour L. ALEXANDRE (2016), en réponse aux évolutions économiques et sociales de notre société, les entreprises des femmes se rapprochent de plus en plus souvent de celles de leurs homologues masculins (secteur d’activité, taille de l’entreprise, profits…).

L’Indice entrepreneurial québécois (IBANESCU, MARCHAND, 2017) montre qu’au Canada, les entrepreneures sont davantage présentes que les hommes dans un profil dit "individualiste" (avec des femmes dirigeant une entreprise sans salarié avec une activité locale ou régionale) et nettement moins dans un profil de "cheffe de file" (femmes dont l’entreprise d’envergure internationale emploie des salariés).

Ces cheffes de file et leurs entreprises ont des profils identiques à leurs homologues masculins dans leurs ambitions, leurs aptitudes entrepreneuriales et dans le montant des investissements pour la création et pour le développement.

Toutefois, certaines spécificités féminines se retrouvent chez ces cheffes de files, notamment les sources de financement recueillies plus fréquemment auprès de la famille et des proches, et des besoins informationnels et relationnels plus élevés (experts, réseaux, accompagnement).
Les entrepreneures québécoises dans leur ensemble rencontrent plus de problèmes que les hommes pour financer leur projet, ont des projets moins ambitieux, ont une moindre tolérance au risque et un moindre sentiment d’efficacité. Toutefois ces caractéristiques féminines sont fortement impactées par l’importance des profil individualistes. En effet, pour les seuls profils de cheffes de file, les caractéristiques sont finalement identiques à celles des hommes ; elles affichent tout autant ces traits essentiels aux entrepreneurs que les hommes. Par ailleurs, elles sont aussi moins attachées à la conciliation vie professionnelle et vie familiale, sans pour autant négliger leurs enfants. 

L'accompagnement des entrepreneures

Selon les bilans des réseaux d’accompagnement en France, les femmes sont fortement présentes parmi les personnes accompagnées. Elles représentent de 39 % à 45 % de leurs créateurs d’entreprises (ADIE, France Active, Initiative France et BGE).

Les travaux de T. LEBEGUE (2015) ont permis de mettre en avant les souhaits des entrepreneures en matière d’accompagnement. Elles souhaitent travailler avant toute chose à clarifier leurs aspirations avant de se questionner sur leurs ressources et leur environnement.
Dans la première phase du projet, dans son émergence, elles ont besoin de mener une réflexion personnelle contribuant à leur valorisation et au développement de leur légitimité. Pour autant, elles ne sont pas réfractaires aux apports techniques, elles sont demandeuses de formations spécifiques sur le métier d’entrepreneure et sur les compétences opérationnelles nécessaires à la gestion de leur entreprise ; mais elles doivent arriver au moment où les porteuses de projets sont prêtes à les aborder.

J. SANTONI (2018) explique également que l’accompagnement ne doit pas être centré sur les connaissances techniques indispensables à la gestion du projet et de l’entreprise. Il doit prendre en compte les caractéristiques propres aux individus accompagnés en tant que porteur de connaissances et producteur de comportements. Les entrepreneures souhaitent que leurs projets et aspirations soient respectés. Elles veulent aussi être encouragées et être mises au cœur de la démarche d’accompagnement. Elles ne recherchent pas dans leur conseiller un sachant mais plutôt un co-constructeur de leur projet. Elles souhaitent être aidées à la prise de décision, au montage du projet. Elles attendent que l’accompagnement leur fournisse des outils qui leur permettront d’apprendre à se positionner et à décider dans leur nouveau rôle d’entrepreneure.

L’accompagnement, selon les entrepreneures, doit se faire en amont et en aval de la création. Ce doit être un mixte entre des séances individuelles (accompagnement à leur rythme) et collectives (transmission d’informations générales, lieu d’échanges contribuant à l’enrichissement). Les échanges entre entrepreneures leur semblent indispensables pour aborder des problématiques propres à leur genre. La notion d’échange doit être au cœur du dispositif d’apprentissage.
Les entrepreneures sont confrontées à des motivations et des obstacles spécifiques qui justifient la nécessité de la mise en place d’accompagnements qui leur soit dédié.
J. SANTONI (2018) estime ainsi que l’adaptation de l’accompagnement au profil féminin ne doit être que partiel. Il est nécessaire, mais doit être complété d’un accompagnement mixte favorisant les échanges entre hommes et femmes.

Accompagner les entrepreneures, c’est les aider à faire aboutir un projet de vie. L’accompagnement doit aborder les implications d’une carrière entrepreneuriale aux niveaux personnels et professionnels afin qu’elles acquièrent des compétences comportementales pour y parvenir. Le soutien psychologique est donc incontournable pour le projet entrepreneurial, mais aussi sur la conciliation vie professionnelle et vie personnelle. Le soutien psychologique doit également être dirigé vers le conjoint (dont le soutien est une des clés du succès du projet) pour leur expliquer les conséquences du choix de leur partenaire, mais également leur donner les clés de soutien de l’entrepreneure.

L’accompagnement des entrepreneures des QPV et des ZUS

Les femmes habitants dans les quartiers prioritaires des politiques de la ville (QPV) font preuve d’un dynamisme entrepreneurial inférieur (9 %) à celui des hommes des mêmes quartiers (18 %), à l’instar des femmes vivant en dehors de ces quartiers (24 % contre 39 % pour les hommes). Par ailleurs, ce dynamisme est également inférieur à celui observé chez les femmes habitants hors QPV (AFE, Fondation MMA les entrepreneurs du futur, Pôle emploi, 2018b).

Une étude du Crédoc (VAN DE WALLE, ALDEGHI, 2016) précise que les femmes des zones urbaines sensibles (ZUS) sont 3,5 fois moins entrepreneures que les hommes des mêmes quartiers, contre deux fois moins hors ZUS. Seulement 2 % des femmes en emploi dans ces quartiers sont entrepreneures. 

Bibliographie

Ressources documentaires du dossier

(1)    GEM 2016/2017, Womens entrepreneurship report (2017)

(2)    Franck JANSSEN (sous la direction), "L’entrepreneuriat féminin", Entreprendre : une introduction à l’entrepreneuriat (2e édition), De Boeck (2016)

(3)    APCE, La création d’entreprise au féminin (2015)

(4)    TMO Régions pour l’AFE, la Fondation MMA les entrepreneurs du futur et Pôle emploi, L’indice entrepreneurial des femmes (2018a)

(5)    Laurice ALEXANDRE, "Typologie des entrepreneurs, une approche par le genre", Revue de l’entrepreneuriat, vol. 15(3) (2016)

(6)    Aude ANDRIA et Inès GABARRET, "Femmes et entrepreneurs : trente ans de recherches en motivations entrepreneuriale féminine", Revue de l’entrepreneuriat, Vol. 15(3 et 4) (2016)

(7)    Aude ANDRIA et Inès GABARRET, "Mères et entrepreneures : étude de la motivation entrepreneuriale des mampreneurs françaises", Revue internationale PME, Vol. 30(1) (2017)

(8)    Mihai IBANESCU et Rina MARCHAND, Un regard sur l’entrepreneuriat féminin – Indice entrepreneurial québécois 2017 (2017)

(9)    Katia ROCHOMME-HUET et Virginie VIAL, "Le mouvement des mampreneurs en France : phénomène féministe libéral ou radical ?", Revue de l’entrepreneuriat, Vol. 16(2) (2017)

(10)    Typhaine LEBEGUE, "L’accompagnement institutionnel des femmes entrepreneures : quel modèle d’accompagnement pour les femmes créatrices de très petites entreprises ?", Revue de l’entrepreneuriat, Vol. 14(2-3) (2015)

(11)    Juliane SANTONI, "Quels processus pour répondre aux besoins spécifiques des entrepreneures", Entreprendre & innover, Vol. 0(1) (2018)

(12)    Isabelle VAN DE WALLE et Isa ALDEGHI, "L’entrepreneuriat des femmes dans les quartiers prioritaires : un objectif difficile à atteindre", Consommation et modes de vie, n°281, Crédoc (2016)

(13)    Juliane SANTONI et Isabelle BARTH, "Le rôle du réseau dans le développement de l’entrepreneuriat féminin : cas d’un centre entrepreneurial au sein d’une business school", @GRH, n° 11(2) (2014) 

(14)    TMO Régions pour l’AFE, la Fondation MMA les entrepreneurs du futur et Pôle emploi, L’indice entrepreneurial dans les QPV (2018b)

 

Autres ressources documentaires sur l'entrepreneuriat féminin en France


Et ailleurs....