Pour accompagner leur développement, les entreprises doivent pouvoir compter sur une trésorerie solide pouvant s’adapter. Parmi les solutions disponibles, la Dailly et l’affacturage jouent un rôle crucial en offrant un financement souple, rapide et adapté aux variations d’activité. Ces dispositifs permettent aux dirigeants d’anticiper, de sécuriser leur cycle d’exploitation et de soutenir leur croissance, même dans les secteurs soumis à d’importants décalages de règlement.
Interview Question/Réponse
Bpifrance Création : Qu’est-ce que le financement court terme ?
Mathilde Dubois : Le financement court terme, ce sont des lignes de trésorerie établies sur 12 mois, renouvelables annuellement. En effet, les délais de règlement par les donneurs d’ordres sont variables, mais généralement, c’est entre 45 jours et 60 jours, voire exceptionnellement 90 jours. C’est pourquoi les sociétés cèdent des factures à leurs partenaires bancaires, qui leur font des avances de trésorerie en retour, permettant au dirigeant de toucher l’argent en amont en attente du paiement par le client.
Le dirigeant peut ainsi pallier des besoins de trésorerie, qu’ils soient ponctuels ou récurrents. Il existe deux types de financements : les confirmés et les non-confirmés. Les solutions non-confirmées sont des autorisations de découvert que les sociétés peuvent tirer avant de rembourser les banques. Pour les solutions confirmées, il s’agit généralement soit de l’affacturage, soit de la Dailly. Ce sont des lignes de trésoreries adossées à de la cession de factures. L’objectif est de financer le besoin en fonds de roulement des sociétés (BFR).
Bpifrance Création : Quelles sont les différences entre Dailly et affacturage ?
MD : La principale différence entre la Dailly et l’affacturage tient au transfert de risque. En Dailly, l’entreprise cède ses factures à la banque pour obtenir des avances de trésorerie, mais conserve la responsabilité du bon paiement par ses clients. En affacturage, la société qui le propose (appelée le factor) rachète définitivement le poste clients et prend les risques à charge, tout en assurant souvent le recouvrement.
L’affacturage inclut généralement un audit de poste clients et la sélection des débiteurs par le factor. Bpifrance exige seulement la cession d’au moins trois clients, sans obligation de volume. En affacturage, une commission est prélevée sur l’ensemble du poste racheté, même lorsque l’entreprise n’utilise pas les avances. En Dailly Bpifrance, les coûts apparaissent uniquement en cas d’utilisation effective de la ligne (intérêts sur l’encours mobilisé).
Enfin, certains apprécient que le factor prenne en charge le recouvrement, ce qui allège leur gestion. D’autres préfèrent conserver la relation directe avec leurs clients, notamment dans des secteurs où la relation commerciale est sensible ou personnalisée. Le choix dépend donc des besoins de trésorerie de l’entreprise et de la manière dont elle souhaite gérer sa relation avec ses clients.
Bpifrance Création : Est-ce que le financement à court terme est une solution de dernier recours utilisée pour faire face à des difficultés ?
MD : Non, il ne faut justement pas le voir comme ça ! Certes, des sociétés en difficulté ont des lignes court termes en place, mais Bpifrance accompagne également des sociétés qui se portent très bien, qui ont de la trésorerie et qui font de beaux résultats. Le fait d’avoir des lignes court termes leur permet simplement de gérer intelligemment les décalages entre les règlements clients et les paiements fournisseurs.
Ces solutions, même si elles ne sont pas utilisées en permanence, leur permettent de mieux gérer les moments de creux dans l’année, typiquement, pendant l’été. C’est un outil comme un autre pour se financer. Des sociétés peuvent financer leur poste client et leur BFR par des lignes de trésorerie et garder la trésorerie générée par la rentabilité et l’exploitation pour financer de l’achat de matériel, etc.
La solution court terme pourrait être mise en place par toutes les sociétés. Elles peuvent bien se porter, mais on n’est jamais à l’abri d’un couac. Il suffit que leur plus gros client rencontre un problème et qu’il ne les règles plus, pour créer un besoin de trésorerie. Il ne faut pas attendre d’en avoir besoin pour la mettre en place, parce que sinon il sera trop tard. Cela a certes un coût, mais les dirigeants paient leur tranquillité.
Bpifrance Création : Quels sont les secteurs qui recourent le plus à ce mode de financement ?
MD : Certaines activités nécessitent d’avoir des lignes de financement court terme, comme l’industrie et le BTP, en raison d’investissements obligatoires en termes de stocks ou de matières premières. Concernant le BTP, les entreprises doivent souvent investir en amont des chantiers : pour les démarrer elles doivent acheter ou louer du matériel, trouver de la main d’œuvre, etc.
Ce sont aussi des secteurs dans lesquels les délais de règlement peuvent être longs. Nous avons des clients qui travaillent avec des acteurs publics, qui ont tendance à régler tardivement. Pour une société du BTP, supporter 90 jours de délai de règlement est assez difficile, de surcroît quand elle doit payer ses propres fournisseurs à 30 ou 60 jours.
Bpifrance Création : Cette solution est-elle réservée aux grands groupes ?
MD : Pas forcément ! Par exemple chez Bpifrance, nous accompagnons avec notre financement Dailly des structures allant de la TPE à la grande entreprise. Nos lignes démarrent à 100 000 €, et souvent nous demandons à nos clients un minimum de 500 000 € de chiffres d’affaires. Ce n’est pas réellement une règle, mais un bon indicateur. Les TPE et PME ont moins de pouvoir de négociation que les grandes entreprises sur leurs délais de règlement, généralement imposés par leurs clients et leurs fournisseurs.
Il est souvent plus difficile de faire confiance à une petite entreprise qu’à une grande, notamment parce que sa situation financière est moins bien connue. Pourtant, nous accompagnons majoritairement de petites entreprises, tout en apportant également notre soutien à des structures de plus grande taille.
Bpifrance Création : Quelles sont les conditions pour recourir à ces financements à court terme ?
MD : La règle de base est que la société travaille en Business to Business (B to B). Il faut avoir des délais de règlement un peu longs et une activité qui soit assez stable ou en croissance, même si nous accompagnons les sociétés qui ont des exercices plus délicats. Il faut avoir de la visibilité sur des projets, des carnets de commandes, etc. En réalité, il y a autant de conditions que d’établissements bancaires.
Il faut également s’interroger sur l’éligibilité du client. Chez Bpifrance, les secteurs d’exclusion par nature sont les mêmes qu’ailleurs : par exemple, nous ne financerons pas les jeux d’argent. Dès qu’une société travaille avec du public ou du para public, nous pouvons tout financer, que ce soient les communes, les ministères etc. Ce n’est pas le cas pour tout le monde, notamment dans l’affacturage, où les factors peuvent être plus réticents à financer de la créance publique.
Sur le privé, nous demandons que les donneurs d’ordre avec qui travaillent nos clients réalisent un minimum de 5 millions de chiffres d’affaires. Nous délivrons des agréments pour spécifier le montant que nous pouvons financer sur chaque client, après avoir estimé leur qualité financière.
Bpifrance Création : Est-ce que le financement court terme présente des atouts pour les entreprises en phase de démarrage ?
MD : Sur des sociétés en création, il est compliqué de mettre immédiatement en place une ligne court terme, par manque de visibilité et de chiffre d’affaires. Il est généralement apprécié qu’elle ait déjà une première clôture de compte. En revanche, c’est tout à fait adapté pour des jeunes structures en croissance. Avoir une ligne court terme en place leur permet de se positionner plus sereinement sur un plus gros marché ou des commandes plus conséquentes, parce qu’elles savent qu’elles pourront les financer.
Bpifrance Création : Que se passe-t-il en cas de problèmes d’impayé ?
MD : Si les factures ne sont pas réglées, nous cherchons à comprendre l’origine du problème. Lorsqu’un donneur d’ordre est structurellement mauvais payeur, il peut devenir non finançable. Nous cessons alors de prendre ses factures et si un encours existe, la société doit trouver une solution : remboursement, cession d’autres clients, ajustements… Nous n’intervenons pas comme médiateurs : la gestion des impayés reste entre l’entreprise et son client. Si l’impact est limité, l’accompagnement se poursuit normalement ; s’il s’agit d’un client majeur en impayé, la situation est réévaluée au cas par cas.
Le principe est similaire en affacturage, mais le factor appliquera en plus des intérêts de retard et des frais complémentaires en cas de facture impayée.
Nous cherchons tout de même à accompagner nos clients, y compris dans les périodes difficiles. L’un des atouts des solutions de financement comme la Dailly est leur capacité d’adaptation : nous pouvons ajuster notre fonctionnement pour sécuriser le risque tout en poursuivant l’accompagnement. Par exemple, au lieu de renouveler une ligne sur 12 mois, nous pouvons la reconduire sur 6 mois afin de réaliser des points plus fréquents et vérifier la situation : apports de nouveaux fonds par le dirigeant, soutien des partenaires bancaires, évolution des paiements, etc.
Bpifrance Création : Est-ce que cette solution court terme peut être durable ?
MD : Nous parlons de court terme, car notre financement s’établit sur 12 mois renouvelables. Mais notre volonté, c’est de s’inscrire dans le temps. Nous n’ouvrons presque jamais de ligne pour 6 ou 12 mois sans renouveler derrière. Nous avons des clients qui ont leur ligne chez Bpifrance depuis 20 ans.
L’objectif est d’accompagner la croissance de notre client. En fonction de sa croissance, de ses projets, nous réajustons le montant d’une année sur l’autre. Nous pouvons même accompagner les ambitions internationales, puisque nous proposons le même produit à l’international maintenant.
Bpifrance Création : Quel est le délai entre la prise de contact de l’entrepreneur et la décision d’accorder le financement ?
MD : Tout dépend de l’établissement bancaire, du dossier, du montant de la demande et de la réactivité du client, sur les demandes d’informations, de comptes, etc. Chez Bpifrance, comme il s’agit d’un accord de financement, cela entraîne une instruction et un passage en comité de crédit. Nous avons des comités toutes les semaines, donc le retour peut se faire rapidement. En revanche, il y a toujours un peu de délai avant que la ligne soit pleinement utilisable.
Après la signature du contrat, l’entreprise doit prévenir ses clients d’un changement de domiciliation bancaire. Ces derniers doivent ensuite indiquer avoir pris connaissance dudit changement. De plus, le gestionnaire prend le temps d’expliquer au dirigeant comment fonctionne l’outil que nous mettons à sa disposition. Il faut qu’il soit à l’aise avec notre outil pour faire ses premières demandes d’avance ou ses cessions de facture. Il ne faut pas attendre d’en avoir besoin pour faire la demande.
Bpifrance Création : Quels sont les critères pour choisir la société d’affacturage ou de Dailly ?
MD : Le choix dépend principalement de vos besoins. Si vous souhaitez déléguer le recouvrement, l’affacturage sera plus adapté. Si ce n’est pas un enjeu pour vous, la Dailly sera adaptée. Les délais de règlement constituent également un critère important. Bpifrance propose un délai de portage pouvant aller jusqu’à 6 mois, autrement dit une prise en charge de la créance sur une période plus longue avant son paiement effectif par le client. La plupart des autres partenaires se limitent à 90 jours, avec des frais supplémentaires au-delà.
La Dailly est également pertinente si vous ne souhaitez pas payer des commissions sur l’ensemble du chiffre d’affaires cédé. Elle permet de diversifier ses sources de financement et d’éviter de dépendre d’un seul partenaire, notamment lorsque l’entreprise se développe. Nous avons des clients par exemple qui financent leurs clients publics via Bpifrance et leurs clients privés via un factor. Chez Bpifrance, nous apprécions toujours intervenir aux côtés d’autres partenaires et cela permet au client d’éviter tout blocage de comptes en cas de problème avec une banque de flux.
La seule règle essentielle est de bien séparer les périmètres financés par chaque organisme pour éviter la « double mobilisation » c’est-à-dire céder la même créance deux fois.
Bpifrance Création : Quels conseils donneriez-vous à un entrepreneur intéressé par ces dispositifs ?
MD : Je dirais qu’il ne faut pas attendre d’avoir besoin d’une ligne court terme pour la mettre en place, donc ne pas hésiter à le faire, même s’il ne l’utilise pas dans l’immédiat. Il est essentiel de les avoir en place pour piloter sereinement sa trésorerie et sa croissance. N’hésitez pas à prendre contact avec les interlocuteurs Bpifrance de vos régions. Sur le site, vous trouverez toutes nos implantations et coordonnées. Chez Bpifrance, un chargé d’affaire vous indiquera le modèle le plus adapté pour vous, avec pour les créateurs un accompagnement en contre-garantie par exemple.