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Bpifrance Création

Préparez-vous à réussir votre création d’entreprise

Le bilan personnel : une étape fondamentale dans la démarche de création

Mai 2013

En quoi consiste cette étape ?

L'établissement du bilan personnel est une étape souvent négligée, mais pourtant très importante dans le processus de création ou de reprise d'une entreprise. Cela consiste pour le porteur de projet :
- à faire le point sur ses talents ou qualités, son "savoir-faire" bien sûr, mais aussi son "savoir-être" ;
- à identifier ses motivations profondes. Pour quelles raisons veut-il créer une entreprise ? Que vise-t-il à travers cet objectif ?
- à déterminer ses besoins dans chaque domaine de vie, familial, couple, social, personnel et professionnel ;
- dans le respect de ses valeurs.  Son projet répond-il bien à ses besoins, à ses valeurs ? Pourra-t-il s'épanouir dans son travail ? Quel parcours souhaite-t-il mettre en place ?
- à prendre conscience de ses contraintes personnelles ;
- et à vérifier que tous ces éléments sont compatible avec son projet d'entreprise.
A la fin de cette étape le futur chef d'entreprise connaît son potentiel. Si l'analyse de ces différents critères fait apparaître une cohérence totale entre son projet et ses piliers de vie (intégrité, besoins, valeurs), il peut démarrer la construction de son projet dans de bonnes conditions. Les fondations sont solides !

Pourquoi est-ce important d'y consacrer du temps ?

Trop de créateurs se lancent, une fois leur idée définie, dans l'établissement de leur business plan, sans prendre le temps de se poser ces questions essentielles, sans être "au clair" avec leurs motivations et avec leurs valeurs. La réussite d'une entreprise ne dépend pas uniquement de sa faisabilité économique et juridique, mais également d'éléments beaucoup plus personnels.
On peut reprendre une entreprise familiale, se lancer dans un nouveau créneau porteur, avoir un véritable "coup de foudre" pour une boutique, un endroit, une activité... mais on réfléchit rarement à ce que l'on veut faire de sa vie, à ce que l'on a réellement envie d'être. Cela peut engendrer plus tard des déséquilibres, des désillusions voire des frustrations susceptibles de mettre en péril l'entreprise.
Etablir son bilan personnel, c'est prendre conscience :
- de ses forces et faiblesses,
- de menaces et d'opportunités,
- de ses besoins et motivations profondes, afin d'être en mesure de déterminer les apprentissages à mettre en place pour réussir son projet.
Car nous savons bien que "nous ne changeons pas ce dont nous n'avons pas conscience !"

D'où l'intérêt du coaching ?

D'où l'intérêt du coaching ! Le coaching peut s'avérer très utile pour un porteur de projet qui rencontre des difficultés à franchir seul cette étape. La démarche stratégique conduite par le coach est, à mon sens, complémentaire de l'action des réseaux d'accompagnement de porteurs de projet. Elle est très bénéfique pour l'entrepreneur, tant au moment de l'élaboration de son projet, qu'une fois l'activité lancée.
Le coach travaille sur la prise de conscience : le futur chef d'entreprise formule, en conscience, son objectif et le coach donne l'impulsion ! Ses qualités d'écoute sont fondamentales. Il questionne, reformule, cadre. Il reste vigilant à la concordance entre le verbal et le non verbal. Il pousse son interlocuteur dans ses retranchements (positifs) en lui permettant ainsi d'explorer des alternatives qu'il n'avait pas envisagées. Peu à peu les questions lui permettent d'avancer.
En création d'entreprise, l'équipe "porteur de projet et coach" créent ensemble les conditions du succès par :
- la mise en place d'un plan d'action avec des critères d'évaluation,
- l'identification des obstacles à franchir, des freins qui pourraient empêcher la réalisation du projet,
- la planification de la progression avec la mise en place de briefing et debriefing,
- la reconnaissance des progrès.
La réussite d'un projet nécessite organisation et préparation. Il est important aussi d'apprendre à relâcher la pression. Nous trouvons le même basic dans le sport de haut niveau. "La pression d'enjeu fabrique la défaite là où le plaisir du jeu fournir l'énergie de la victoire". C'est pour cette raison que la préparation prime l'action.

Quelles sont ces questions que doit impérativement se poser tout porteur de projet ?

Comme je l'indiquais au début de cet entretien, le créateur doit tout d'abord réaliser un bilan professionnel.
- Où en est-il professionnellement ?
- Quel est son savoir-faire technique ?
- Dispose-t-il de compétences d'acheteur, de vendeur, de gestionnaire ?
- Possède-t-il des capacités d'organisation, des capacités managériales ?
- Pourra-t-il former ses collaborateurs (breafing, debreafing, recadrage) ?
Ce bilan ne doit naturellement pas se limiter à son "savoir-faire", mais également prendre en compte des éléments liés à son "savoir-être" :
- A-t-il des capacités d'adaptabilité, de résistance au stress, de force mentale, d'autonomie ?
- Dispose-t-il d'une qualité d'écoute suffisante, d'une capacité à prendre des risques ?
- A-t-il le sens des responsabilités ?
- Est-il créatif, convainquant, courageux (les 35 heures se font souvent en 3 jours...) ?
- A-t-il facilement confiance en lui, en les autres ?
- Saura-t-il se remettre en question, accepter de se former en permanence ?

Cela n'est-il pas de nature à déstabiliser le plus vaillant des porteurs de projets ?

L'objectif recherché n'est naturellement pas de répondre positivement à toutes ces questions, mais de faire prendre conscience au porteur de projet de ses talents, de ses qualités et d'autres paramètres. Ainsi, le coaching de créateur d'entreprises met l'accent sur la meilleure manière d'atteindre le résultat désiré et non sur les problèmes. On va traduire ensemble les problèmes en objectifs.
Le coach est là pour accompagner le futur dirigeant dans son présent pour mieux réussir son futur. Par exemple, si le créateur est un bon technicien, ayant très peu d'expérience en matière de vente, il devra prévoir, dès le démarrage, les moyens à mettre en place pour recourir à des commerciaux, salariés ou indépendants ou envisager, le cas échéant, une association. Si son bilan personnel révèle un goût prononcé pour le travail en équipe, il vivra peut-être mal une situation nouvelle dans laquelle il se retrouvera totalement isolé. Il lui faudra alors envisager de travailler en réseau, de se rapprocher de clubs d'entrepreneurs ou encore d'intégrer une structure organisée de type pépinière d'entreprise, dans laquelle il pourra côtoyer d'autres entrepreneurs. A chaque difficulté sa solution. Là encore un regard extérieur peut être très utile. L'un des premiers devoirs d'un coach est d'équilibrer la personne et la rendre plus harmonieuse avant de la rendre plus performante.

Vous attachez beaucoup d'importance aux motivations. Y a-t-il des bonnes et des mauvaises motivations ?

Ce qui est important pour le futur chef d'entreprise, c'est de prendre conscience, avant de construire cette entreprise, de ses motivations profondes. En effet, il ne devra jamais perdre de vue ses motivations de départ, qui seront plus tard des leviers pour passer les caps difficiles. Au cours de l'entretien le coach doit ressentir la passion intérieure du futur dirigeant (vibre-t-il pour son projet ?). L'objectif doit être mobilisant. Les yeux doivent pétiller !
C'est à ce moment là qu'intervient la notion de "valeur", ces valeurs qui nous motivent, ces valeurs qui donnent un sens à notre vie. En vivant en accord avec nos valeurs nous parvenons à une cohérence interne. Ces valeurs guident notre vie. Le non respect de nos valeurs suscite honte, colère et culpabilité. C'est pour cette raison qu'il est fondamental que le projet de création d'entreprise soit cohérent avec les valeurs du futur dirigeant. Cette étape est très importante en coaching. Si vous avez par exemple l'opportunité de reprendre un point presse, et que votre seule motivation est de sortir d'une situation difficile, vous aurez sans doute du mal à accepter les nombreuses contraintes liées à cette activité et leurs conséquences sur votre vie de famille. Par contre si vous êtes passionné par la presse, si vous recherchez les contacts humains, si vous avez la totale adhésion de votre entourage familial, si cette activité vous permet de vivre dans une région qui vous plaît... vous mettrez toutes les chances de votre côté pour convaincre le banquier de vous faire confiance et pour vous épanouir dans votre nouvelle activité. Respecter ses valeurs est provocateur d'énergie, de confiance en soi et de réussite.

Quelle différence faites-vous entre motivations et objectifs personnels ?

Les motivations, c'est ce qui permet d'agir, de se lever le matin en ayant "la pêche", de "vibrer" pour son projet, et ainsi d'atteindre ses objectifs personnels à plus ou moins long terme.
Les objectifs, en revanche, c'est ce que l'on peut atteindre grâce à la motivation. Atteindre un objectif implique la mise en place d'une action. Cet objectif peut être de différentes natures :
- manager une équipe,
- travailler chez soi, dans son cadre familial,
- s'épanouir dans son travail,
- développer puis céder son entreprise à un grand groupe,
- développer une affaire pour la transmettre à ses enfants,
- gagner beaucoup d'argent, etc. Un objectif est donc un but concret à atteindre.
En coaching les critères d'un objectif sont les suivants : spécifique, mesurable, atteignable, réalisable et fixé dans le temps (SMART). Une fois l'entreprise créée, il est important de ne pas perdre ses motivations profondes de départ, afin de pouvoir s'y raccrocher lorsqu'il y aura des caps difficiles à passer, des moments de lassitude, de fatigue. Le créateur peut passer par des phases de stress, de doute, de découragement, de peur. Cette phase de confusion entraîne souvent un phénomène de procrastination.
Recourir au coaching pendant cette période, permet au créateur d'écouter ses émotions, de les exprimer et de les accepter. Il est fondamental que le futur chef d'entreprise apprenne à gérer ses émotions, ses croyances. Une émotion est un signal d'alarme. Ce travail permettra de maintenir la motivation et d'augmenter la confiance en soi. Tant que le coaché résistera, le malaise persistera. En effet, l'individu à un moment donné a peur de lâcher quelque chose. Il est nécessaire de répondre à cette question : à quoi êtes-vous prêt à renoncer aujourd'hui pour atteindre votre objectif ?

Quels sont les autres points à étudier dans le cadre du bilan personnel ?

A ce stade, il est important d'identifier l'ensemble de ses besoins, touchant aux différents domaines de sa vie : famille, couple, social, personnel, travail. Ces besoins engendrent des contraintes, qu'il faudra ensuite confronter avec les exigences du projet. Les questions à se poser sont les suivantes :
- Quels sont mes besoins en termes de revenus, pour assurer mes charges de famille ? Ai-je des prêts personnels en cours, des pensions alimentaires à verser ?
- Quels sont mes besoins en termes de temps à consacrer à ma famille ? Mon conjoint est-il suffisamment disponible pour assurer seul la charge des enfants pendant la phase de lancement et de développement de mon entreprise ? En aura-t-il envie ? Comprend-il ma démarche ?
- Quels sont mes besoins en termes de statut social, de standing ? Ma future activité sera-t-elle en adéquation avec ces derniers ?
- Quels sont mes besoins en termes de valorisation, de reconnaissance professionnelle ?
- Mon conjoint adhère-t-il réellement à ce projet ? Souhaite-t-il être impliqué dans l'entreprise ? Sera-t-il prêt à accepter une baisse momentanée de niveau de vie ? Sera-t-il prêt, le cas échéant, à renoncer à des week-ends, à des vacances ?
- Ma condition physique est-elle compatible avec l'activité envisagée ? Pourrai-je faire face à des périodes de surcroît d'activité ? Ai-je réellement conscience du temps que je devrai consacrer à mon entreprise ?
- Comment est-ce que je me vois dans 5 ans, dans 10 ans ?
- etc.
Tous ces éléments doivent être en cohérence avec le projet.

Et s'il n'y a pas de cohérence totale, faut-il renoncer au projet ?

Pas nécessairement, mais il faudra sans doute le retarder ou le différer de manière à y apporter des modifications, plus ou moins importantes, et/ou mettre en place les apprentissages nécessaires à sa réussite. En effet, à la fin de cette étape, le futur chef d'entreprise connaît ses forces et ses faiblesses. Il connaît son potentiel mais celui-ci n'est pas figé dans le temps. Il peut se développer et être optimisé.
 

Propos recueillis en mai 2013 par Laurence Piganeau