Le portage salarial, un choix gagnant pour les indépendants

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Si le statut d’indépendant attire de nombreux porteurs de projet, il peut aussi en effrayer certains : peur de l’avenir, protection sociale moins complète que celle offerte à un salarié, etc. Savez-vous qu’il existe une alternative au statut de travailleur indépendant ? Il s’agit du portage salarial. Gwenaël Berthélemé, présidente et fondatrice de la société Helop portage salarial, vous présente tout ce qu’il y a à savoir sur ce dispositif.
visuel article Gwenaël Berthélemé

« Aujourd’hui, ce sont environ 100 000 personnes* qui sont en portage salarial en France » nous indique Gwenaël Berthélemé, qui se félicite de cet engouement croissant pour le dispositif. Celui-ci offre une sécurité précieuse : un salaire régulier, une protection sociale complète, et un accompagnement administratif, tout en permettant de développer son activité en toute autonomie. Véritable intermédiaire entre le salariat classique et l’indépendance totale, ce statut mérite qu’on s’y attarde pour savoir s’il est fait pour vous.
 

*données indiquées par le PEPS (Professionnels de l’Emploi en Portage Salarial)
 

Interview Question/Réponse

Bpifrance Création : Pour commencer, pouvez-vous présenter Helop Portage ?

Gwenaël Berthélemé : Helop est une société de portage salarial qui existe depuis 6 ans. Elle permet à des professionnels indépendants d’exercer leur activité en toute autonomie tout en bénéficiant du statut de salarié de droit commun. La société gère toute la partie administrative, juridique et comptable de leur activité, ce qui leur permet de se consacrer pleinement à leur projet. 

Bpifrance Création : Comment s’organise concrètement le portage salarial ? Quel est le rôle d’une société de portage ?

GB : Le portage salarial implique une relation tripartite : le professionnel prospecte en toute autonomie, cherche des clients et négocie librement les conditions de sa mission. Une fois le client trouvé, c’est la société de portage qui signe le contrat commercial avec lui. En parallèle, elle établit un contrat de travail au professionnel pour qu’il puisse exercer sa mission avec un statut de salarié porté. La société de portage facture pour lui, encaisse les honoraires et transforme cela en salaire.  Elle peut également proposer des ateliers collectifs et des rendez-vous individuels pour accompagner les salariés portés dans ce nouveau statut. 

Bpifrance Création : Justement, pouvez-vous nous en dire plus sur la manière dont s’effectue la transformation des honoraires en salaire pour le salarié porté ?

GB : En tant qu’intermédiaire entre le client et le salarié porté, la société de portage encaisse les honoraires facturés. Elle déduit ses frais de gestion (environ 10 % tout compris), rembourse les frais professionnels, puis transforme le reste en salaire. Elle règle les cotisations sociales et verse le net au salarié. Une provision obligatoire (5 à 10 %) est également constituée pour couvrir les indemnités de fin de contrat ou une période sans mission, conformément à la convention collective. 

 

Bpifrance Création : Que se passe-t-il en cas d’impayés ?

GB : En général, nous intervenons avec l’autorisation du salarié porté. S’il préfère relancer le client lui-même, c’est lui qui va s’en occuper. En revanche, nous faisons toujours en sorte qu’au moment de la rédaction du contrat, un délai de règlement de facture soit validé par le client. 

Bpifrance Création : Vous avez mentionné une convention collective, pouvez-vous nous indiquer quel est l’encadrement légal du portage salarial ?

GB : Le portage se pratique depuis un peu plus de 30 ans, de manière un peu hasardeuse à ses débuts. A partir de 2015, le portage salarial a été encadré par le Code du travail et, en 2017, une convention collective a été instituée pour protéger le statut de salarié porté. En tant qu’entreprise de portage, nous sommes depuis obligés de fournir une garantie financière et d’assurer une rémunération minimum au salarié porté. Cela a été rendu possible car nous adhérons à un syndicat professionnel comme le PEPS (Professionnels de l’Emploi en Portage Salarial), qui a un rôle central dans la structuration, la réglementation et la représentation du secteur du portage salarial en France.

Bpifrance Création : Le portage salarial est-il réservé à un certain type d’activités ?

GB : La plupart des sociétés de portage sont généralistes : elles peuvent prendre en charge tout type d’activité, à l’exception des professions réglementées et des services à la personne. Pour le reste, elles accompagnent une grande diversité de métiers — plus de 750 aujourd’hui — dans le cadre de prestations intellectuelles ou de services. Concrètement, dès lors qu’il ne s’agit ni de transformer des matières premières, ni d’exercer une profession réglementée, ni de faire du commerce, le portage salarial est possible. Il existe même des cas particuliers : par exemple, un médecin peut passer par le portage lorsqu’il intervient en tant que consultant pour une entreprise. En revanche, il ne peut pas le faire pour pratiquer la médecine.

Bpifrance Création : Est-ce que le portage salarial est adapté aux jeunes entrepreneurs, ou est-il réservé à des profils plus expérimentés ?

GB : Le fait que le portage salarial soit réservé aux seniors est une idée reçue. En réalité, pour être porté, vous devez justifier soit de trois ans d’expérience professionnelle, soit d’un niveau Bac+2. Donc beaucoup de personnes peuvent être concernées : si le niveau d’expertise compte, le portage intéresse aussi les jeunes entrepreneurs. Finalement, on rencontre plein de profils différents et c’est ce qui est passionnant dans ce métier. 

Bpifrance Création : Quel est le profil que vous rencontrez le plus souvent ?

GB : J’aimerais pouvoir vous le dire simplement, mais il n’existe pas de profil type. Certaines tendances se dégagent néanmoins, comme les managers de transition. Il s’agit de professionnels expérimentés capables d’intégrer rapidement une entreprise et de répondre à ses problématiques. On trouve aussi des cédants d’entreprise, qui se servent de la souplesse offerte par le système du portage pour assurer temporairement l’accompagnement du repreneur. 

Bpifrance Création : Quels sont les critères pour choisir sa société de portage salarial ?

GB : Aujourd’hui on observe que de nombreuses personnes comparent en priorité les frais de gestion lorsqu’elles choisissent une société de portage salarial, alors que ça ne devrait pas être le principal élément de décision. L’idée, c’est plutôt de comprendre quel est le niveau d’accompagnement de l’entreprise de portage. Les nouvelles technologies se sont développées, entraînant un accompagnement très digitalisé, qui s’appuie sur des plateformes en ligne pour faciliter la partie administrative. 

En revanche, l’implication de la société de portage sur l’accompagnement du salarié porté peut différer. Il faut aider les indépendants à comprendre ce nouveau statut, les accompagner dans leur prospection, leurs propositions commerciales et leur tarification. Il ne faut pas confondre indépendance et isolement : ceux qui choisissent le portage salarial le font souvent pour ne pas être seuls et pouvoir échanger sur leurs projets et leur activité.
 

Bpifrance Création : Comment la société de portage se rémunère-t-elle ?

GB : La société se rémunère avec les frais de gestion, qui sont prélevés sur le montant facturé par le salarié porté à son client. Ensuite, elle peut proposer d’autres services et facturer des frais optionnels.

Bpifrance Création : Quelle est la protection sociale d’un salarié porté ?

GB : Un salarié porté bénéficie d’une protection sociale complète, au même titre qu’un salarié. Chez Helop Portage, ils ont tous un statut cadre, profitent d’une mutuelle et cotisent également pour l’assurance chômage. Sur ce point, le portage salarial me semble offrir une plus grande stabilité que le statut de micro-entrepreneur. En effet, si l’activité ne décolle pas, le micro-entrepreneur peut se trouver contraint de chercher un emploi sans bénéficier pleinement des droits ni du filet de sécurité nécessaire pour le faire sereinement. Alors qu’avec le portage, le professionnel va pouvoir rebondir en toute tranquillité si jamais son projet ne fonctionne pas ou si le statut d’indépendant ne lui convient plus. 

Bpifrance Création : Est-il possible de cumuler une micro-entreprise avec le statut de salarié porté ?

GB : Oui, le cumul est légal, même si en pratique on le rencontre rarement. En général, il se fait pour des clients différents : par exemple, une personne peut utiliser le portage salarial pour facturer des entreprises et garder sa micro-entreprise pour des petits contrats avec des particuliers. La plupart du temps, le cumul n’est que temporaire et aboutit à un choix clair pour le professionnel : soit le statut de salarié porté, soit celui de micro-entrepreneur.

Bpifrance Création : Pour quelles raisons les entreprises clientes ont-elles recours au portage salarial ?

GB : Des entreprises nous sollicitent directement parce qu’elles veulent faire travailler quelqu’un sans l’intégrer à la masse salariale, parce qu’elles n’ont pas de visibilité, parce que c’est un projet en développement, ou parce que cela permet de tester leur compatibilité pendant quelque temps. En fait, vous mobilisez un salarié porté, soit parce qu’il dispose d’une expertise que vous n’avez pas en interne, soit parce que vous faites face à une hausse d’activité et avez besoin d’une personne opérationnelle. 

Les missions sont ponctuelles mais peuvent durer. Beaucoup de PME recherchent des compétences rares, mais pas forcément à temps plein ! Le portage salarial permet de conclure des contrats à temps très partiel : l’entreprise bénéficie d’un expert sans embauche, et le salarié porté peut travailler périodiquement pour elle, tout en continuant de développer sa clientèle.

Bpifrance Création : Quel est l’état du marché du portage salarial en France ?

GB : Le marché du portage salarial se porte bien : jeune, dynamique et en forte croissance. Aujourd’hui, il se stabilise avec environ 500 entreprises. Ce succès reflète l’évolution du rapport au travail : beaucoup ne cherchent plus à créer des start-ups ou à embaucher, mais à rester indépendants pour réaliser des missions où ils excellent, sans subir la lourdeur des grandes structures. Le portage salarial répond parfaitement à cette tendance.

Bpifrance Création : Quelles sont les plus grosses difficultés que vous voyez chez les nouveaux indépendants ?

GB : Leur plus grosse difficulté est de parvenir à établir une tarification. C’est un exercice particulièrement difficile. Il n’y a pas de bon prix, en réalité tout dépend des clients. Pour des missions similaires, le prix peut varier en fonction du temps nécessaire, de votre niveau d’expertise et du besoin auquel vous répondez. 

On observe également un manque de confiance en soi et un syndrome de l’imposteur et ce, de manière récurrente. Les salariés portés qui travaillaient en entreprise étaient habitués à vendre une marque, mais se vendre soi-même, c’est différent. Les sociétés de portage peuvent justement les accompagner en proposant des ateliers sur ces thématiques. 

Bpifrance Création : Quels conseils donneriez-vous aux entrepreneurs désireux de se lancer en portage salarial ?

GB : Un conseil que je donne régulièrement, c’est de mobiliser le portage pour tester leur offre de service, sans griller les étapes. Plutôt que de perdre du temps à chercher la structure juridique, sans même savoir s’ils ont un client prêt à payer, ils peuvent déjà nous contacter et se lancer sans engager de frais. S’ils trouvent un client, ils peuvent disposer des moyens de la société de portage pour la partie administrative (rédaction de contrat, facturation, etc.). Ensuite, soit ils voient que cela fonctionne et ils décident de rester en portage, soit ils choisissent de monter leur propre structure. 

Ilan Veysseyre - Rédacteur web
Décembre 2025