Financer son projet de reprise avec Initiative France !

Reprise et transmission
  • Temps de lecture: min
La reprise d'entreprise représente aujourd'hui un enjeu économique majeur, tant pour le maintien du tissu entrepreneurial que pour le développement des territoires. Face au nombre croissant de dirigeants souhaitant céder leur activité, de nombreux entrepreneurs s'interrogent sur les conditions d'accès à ces projets, notamment en matière de financement et de sécurisation du parcours.
visuel article Patricia Lexcellent

Patricia Lexcellent, déléguée générale du réseau Initiative France, revient sur le rôle clé du prêt d'honneur dans les projets de reprise. Elle partage des repères concrets pour sécuriser le financement, convaincre les banques et réussir son projet dans la durée, grâce à un accompagnement de proximité et un ancrage territorial fort.

Interview Question/Réponse

Bpifrance Création : selon vous, quel est l'intérêt pour un porteur de projet de se tourner vers la reprise d'entreprise plutôt que la création ?

Patricia Lexcellent : L'intérêt réside dans le fait d'avoir une activité établie, un chiffre d'affaires, des clients et des salariés déjà opérationnels. L'entrepreneur arrive immédiatement sur un projet qui fonctionne, il ne part pas de rien. Il part d'une base existante qu'il peut faire évoluer, réorienter si besoin, et la développer.

Bpifrance Création : existe-t-il des aides spécifiques pour la reprise ?

PL : Il y a le prêt d'honneur Initiative couplé au PH Bpifrance création-reprise, ainsi que certaines garanties spécifiques à la reprise. L'aspect financement ne doit pas être un frein, puisque plusieurs solutions existent et, généralement, ce sont des projets que les banques financent. Le réseau Entreprendre propose également des prêts d'honneurs pour les repreneurs et les réseaux consulaires proposent des aides et accompagnent auprès des cédants. 

Bpifrance Création : quelles sont les particularités du financement d'une reprise d'entreprise ?

PL : Les plans de financement sont beaucoup plus importants car il est plus coûteux de racheter une entreprise que d'en créer une. Même si cela varie en fonction de la taille de l'entreprise, le montant des prêts d'honneur, que ce soit le nôtre ou celui de Bpifrance, est également plus important. Les deux prêts réunis peuvent atteindre 50 000 ou 60 000 €. 

L'effet de levier auprès des banques correspond souvent à un multiplicateur par 20 pour le prêt. Ce qui est important dans une reprise, c'est d'avoir bien étudié la situation de l'entreprise, le prix auquel elle est proposée et de le négocier.

Bpifrance Création : est-ce que les prêts d'honneur sont plus accessibles pour des projets de reprise que de création ?

PL : Non, je pense que c'est peu ou prou le même niveau. Chez Initiative, nous finançons environ 7 500 projets de reprise par an, ce qui représente près de 40 % de notre activité. De plus, nous voyons bien que ce dispositif se développe au sein du réseau : les financements accordés à des projets de reprise ont augmenté de 38 % en 4 ans. C'est une vraie source d'opportunités pour les années à venir. 

Dans le cadre d'un projet de reprise, nous savons que celui-ci est viable, puisque l'entreprise tourne déjà et que nous avons des informations sur elle : l'examen du dossier sur l'aspect financement peut être plus facile, mais la capacité du porteur de projet à piloter cette entreprise va être plus challengée. 

Les critères peuvent légèrement différer, mais la viabilité du projet reste un point central, tout comme l'intérêt de cette entreprise pour le territoire. Nous avons un enjeu, qui rejoint les défis de la ruralité : des territoires accueillent des PME qui font partie d'un savoir-faire local et pour lesquelles il est primordial de maintenir l'activité et les emplois.

Bpifrance Création : à quel moment les porteurs de projet peuvent-ils faire appel à vous ?

PL : D'ordinaire, les repreneurs viennent nous voir quand ils ont identifié l'entreprise cible. Nous montons le plan de financement avec eux et accompagnons la reprise jusqu'au remboursement du prêt d'honneur, période qui varie de 3 à 5 ans.

Bpifrance Création : est-ce que ce sont toujours des entrepreneurs qui viennent vous voir avec des projets de reprise, ou certains viennent-ils vous voir avec des projets de transmission ?

PL : Nous sommes plutôt du côté des repreneurs, mais avec Bpifrance, dans le cadre de l'appel à projets "Entreprendre au cœur des territoires", nous essayons de travailler en collaboration avec les réseaux consulaires, qui eux connaissent les cédants potentiels. Nous souhaitons fluidifier la communication entre les cédants et les repreneurs afin d'arriver à concrétiser plus de projets transmission-reprise. 

Beaucoup d'entrepreneurs veulent céder, mais finalement le projet échoue par manque de préparation ou de repreneur. L'idée est de faciliter les mises en relation, et de faire en sorte que le financement ne soit pas un obstacle. La dernière enquête de Bpifrance révèle en effet qu'un des premiers obstacles à la reprise est le manque de financement. 

Il faut peut-être que nous nous fassions mieux connaître, ainsi que le collectif Cap Créa pour montrer toutes les solutions existantes.

Bpifrance Création : est-ce que les projets de reprise vont convaincre les banques plus facilement qu'un projet de création ?

PL : Pas forcément. À partir du moment où le porteur de projet obtient un prêt d'honneur, le taux d'obtention du prêt bancaire est le même (9 fois sur 10). En revanche, le taux de pérennité à 5 ans est un peu plus important en reprise avec 92 % contre 90 % pour la totalité des entreprises, ce qui peut aider à convaincre les banques. Mais il n'y a pas de miracles, un bon dossier nécessite : un business plan solide, une étude de marché cohérente et que le dirigeant soit capable de porter le projet. 

Bpifrance Création : quelle relation doit-il y avoir entre le cédant et le repreneur ?

PL : Il faut une adéquation entre l'état d'esprit et la vision du projet du repreneur et ceux du cédant. Ce qui rend difficile la transmission-reprise, c'est que le cédant peut attendre un clone de lui-même, alors que ce n'est pas forcément bénéfique pour l'entreprise. Le cédant doit "lâcher la barre" et ce n'est pas évident parce qu'il s'agit souvent du projet de sa vie. C'est également une question de générations : nous voyons dans les plus jeunes générations entrepreneuriales que ceux qui ont créé leur entreprise il y a 5 ans voire 10 ans sont prêts à transmettre beaucoup plus facilement. 

Bpifrance Création : observez-vous un rajeunissement des repreneurs ?

PL : Oui, les chiffres nous ont d'ailleurs réservé quelques surprises : près d'un quart de nos repreneurs ont moins de 30 ans. L'image classique du repreneur, souvent perçu comme un homme de plus de 45 ans, ne reflète plus totalement la réalité, d'autant que 40 % des repreneurs sont aujourd'hui des femmes. Ces données témoignent d'une véritable dynamique et d'un renouvellement des profils. 

Bpifrance Création : comment les entrepreneurs peuvent-ils être mis au courant des différentes opportunités de reprise ?

PL : Il existe plusieurs plateformes, notamment la Bourse de la transmission de Bpifrance, mais également celles des CCI et CMA. Il faut se renseigner en fonction du secteur d'activité et également du territoire. Cependant, une grande partie du marché est cachée : les cédants ne publient pas forcément une annonce, il faut donc adopter une démarche proactive. Beaucoup de repreneurs que nous avons accompagnés ont trouvé leur entreprise grâce à leur réseau et non par des annonces.

Bpifrance Création : est-ce que vous portez une attention plus importante au porteur de projet qui vient vous voir quand il s'agit d'un projet de reprise ?

PL : Non, la viabilité du projet et la capacité de la personne à le porter sont les critères pris en compte, peu importe le type de projet entrepreneurial. Toutefois, un point de vigilance spécifique concerne la reprise d'entreprises disposant déjà d'une équipe salariée structurée. Lorsque l'entreprise compte 20 à 30 salariés, recrutés et managés par l'ancien dirigeant, le repreneur doit avoir la capacité de s'inscrire rapidement dans un rôle de manager légitime auprès d'une équipe en place. 

Cette dimension managériale, absente lors d'une création d'entreprise, mérite donc une attention particulière. Elle peut constituer un frein ou une source d'inquiétude pour certains repreneurs, ce qui nous conduit à l'analyser plus en profondeur lors de l'accompagnement.

Bpifrance Création : est-ce qu'il y a un aspect du financement d'une reprise qui est oublié ou sous-estimé ?

PL : Il est essentiel d’être particulièrement vigilant sur les garanties apportées, ce qui souligne l’importance de se faire accompagner par des réseaux spécialisés. Un entrepreneur qui avance seul peut rapidement mettre en danger son patrimoine personnel, notamment au regard des montants engagés. Une situation qu’il est justement possible d’éviter grâce à un accompagnement structuré et sécurisé.

Bpifrance Création : est-ce qu'un projet de reprise reste accessible à tout le monde, dans la mesure où il nécessite plus de financement qu'un projet de création ?

PL : Certains porteurs de projet ne disposent pas d’apport personnel suffisant, et c’est précisément dans ces situations que le prêt d’honneur prend tout son sens. Il permet de constituer cet apport initial et d’ouvrir l’accès aux financements bancaires, y compris pour des jeunes entrepreneurs. Lorsque nous identifions un projet solide et dynamique,  l’absence de moyens ne doit pas être un frein a priori. Bien sûr, nous veillons ensuite à ce que l’entrepreneur puisse vivre de son activité et rembourser son prêt, mais l’essentiel est d’oser se lancer dans de bonnes conditions.

Bpifrance Création : comment se passe l'étude des dossiers chez Initiative ?

PL : Un chargé de mission accueille le repreneur et analyse son projet, notamment les points clés en fonction de l'activité. Après ce passage, le projet sera étudié en comité d'agrément, composé uniquement de bénévoles : entrepreneurs et acteurs économiques "du coin" qui le discutent et le challengent. C'est toujours impressionnant mais bienveillant. Le comité décide ensuite d'accorder ou non le prêt d'honneur.

Bpifrance Création : au-delà du financement, quels sont les éléments essentiels ?

PL : Il faut toujours accorder une importance particulière à la mise en réseau. L'entrepreneur reprend une entreprise établie, mais il ne doit pas rester seul : il doit rester en contact avec l'écosystème existant, surtout s'il s'implante sur un territoire qui est nouveau pour lui.

Bpifrance Création : est-ce que ce sont des éléments sur lesquels vous insistez auprès des entrepreneurs ?

PL : Nous ne le faisons pas directement lors de l'accompagnement, mais ces questions sont abordées en comité d'agrément. Pour indiquer au repreneur les aspects sur lesquels il doit progresser, il nous arrive d'accorder des prêts d'honneur mais sous conditions. En cas de refus du projet, nous lui demandons de le retravailler, puis de se représenter. Rien n'est définitif.

Ilan Veysseyre - Rédacteur web
Septembre 2026