Transmission d’entreprise par succession

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La succession est la transmission du patrimoine d’une personne après son décès à ses héritiers ou légataires. Lorsqu’une entreprise fait partie de ce patrimoine, sa transmission soulève des questions spécifiques : répartition entre héritiers, droits de succession, poursuite de l’activité et dispositifs fiscaux applicables. Voici les règles essentielles à connaître pour anticiper et sécuriser une succession d’entreprise.

En résumé

  • La transmission d’entreprise par succession intervient au décès du dirigeant et consiste à transmettre l’entreprise, ou les titres de société, à ses héritiers ou légataires.
  • La répartition de la succession doit respecter les règles civiles applicables aux héritiers, notamment la réserve héréditaire, la quotité disponible et le principe d’égalité entre héritiers de même rang.
  • Les droits de succession sont calculés à partir de la part reçue par chaque héritier, après application des abattements et du barème correspondant à son lien de parenté avec le défunt.
  • Lorsque la succession comprend une entreprise, certains dispositifs fiscaux peuvent alléger ou faciliter la transmission, notamment le pacte Dutreil, le paiement différé et fractionné des droits ou le report d’imposition des plus-values professionnelles en entreprise individuelle.
  • Une succession d’entreprise doit être anticipée afin d’éviter les difficultés de partage entre héritiers, de préserver la continuité de l’activité et de limiter la charge fiscale supportée par les repreneurs.

Comment se partage une succession entre les héritiers ?

La réserve héréditaire

En droit français, la loi réserve une partie du patrimoine du défunt à certains héritiers, appelés héritiers réservataires. Il s’agit principalement des enfants du défunt ou, s’ils sont décédés, de leurs descendants venant en représentation. En l’absence de descendant, le conjoint survivant bénéficie également d’une réserve héréditaire.

Le défunt ne peut pas, par donation ou testament, priver ces héritiers de la part minimale que la loi leur réserve, sauf renonciation ou cas particulier d’indignité successorale.

La réserve héréditaire dépend du nombre d’enfants :

  • 1 enfant : la réserve représente la moitié de la succession ;
  • 2 enfants : elle représente les deux tiers de la succession ;
  • 3 enfants ou plus : elle représente les trois quarts de la succession.

La part restante constitue la quotité disponible. Le défunt peut la transmettre librement par donation ou testament, par exemple à un conjoint, à un enfant qu'il souhaite avantager, à un tiers ou à une association.
 

L'égalité entre les héritiers

Les héritiers d'un même ordre et d'un même degré ont vocation à recevoir une part égale de la succession.

Cette égalité peut toutefois être aménagée par la loi, notamment en présence d’un conjoint survivant, ou par les donations et testaments consentis par le défunt dans la limite de la quotité disponible.

En cas de donation simple consentie de son vivant à un héritier, la valeur du bien transmis peut devoir être rapportée à la succession. En principe, cette valeur est appréciée au jour de la succession, d’après l’état du bien au jour de la donation. Ainsi, si l’entreprise donnée a fortement pris de la valeur depuis la donation, le bénéficiaire peut être amené à verser une compensation aux autres héritiers. Ce risque peut être limité en recourant une donation-partage.

Comment sont calculés les droits de succession ?

Lorsqu’une succession est ouverte, les héritiers peuvent être amenés à déposer une déclaration de succession et, le cas échéant, à payer des droits de succession. Leur montant varie en fonction de la valeur des biens recueillis et du lien de parenté avec le défunt.

Une fois l'inventaire et l'évaluation des biens réalisés, le calcul des droits de succession s'effectue comme suit : 

  1. Le notaire détermine la part de chaque héritier, en tenant compte des éventuelles donations antérieures au décès ;
  2. Sur chaque part est ensuite appliqué un abattement qui dépend du lien de parenté avec le défunt ;
  3. Le solde (part nette) est alors taxé selon un barème qui dépend également du lien de parenté avec le défunt.

Degré de parenté avec le défunt

Abattement


Barème applicable au solde après déduction de l'abattement

  • Conjoint survivant
  • Partenaire de Pacs
 

Exonération totale

A noter : le partenaire de Pacs n’est pas héritier par défaut, il doit être désigné par testament pour recevoir des biens.

 

  • Enfant (ou petit-enfant en cas de prédécès ou renonciation)
  • Père, mère

100 000 €

 

- 5 % jusqu'à 8 072 €
- 10 % de 8 072 à 12 109 €
- 15 % de 12 109 à 15 932 €
- 20 % de 15 932 à 552 324 €
- 30 % de 552 324  à 902 838 €
- 40 % de 902 838  à 1 805 677 
- 45 % au-delà de 1 805 677 €
  • Petits-enfants, arrière-petits-enfants (en l'absence d'un autre abattement applicable)
1 594 €- 5 % jusqu'à 8 072 €
- 10 % de 8 072 à 12 109 €
- 15 % de 12 109 à 15 932 €
- 20 % de 15 932 à 552 324 €
- 30 % de 552 324  à 902 838 €
- 40 % de 902 838  à 1 805 677 
- 45 % au-delà de 1 805 677 €
  • Frères et soeurs
15 932 €

- 35 % jusqu'à 24 430 €
- 45 % au-delà de 24 430 €
 

Exonération totale pour le frère ou la soeur célibataire, veuf, divorcé ou séparé de corps, si deux conditions sont réunies :

  • être âgé de plus de 50 ans ou atteint d'une infirmité mettant dans l'impossibilité de subvenir à ses besoins par son travail ;
  • avoir été constamment domicilié avec le défunt pendant les 5 années ayant précédé le décès.
  • Neveux et nièces
7 967 €55 %

Autres cas de succession :

  • parents jusqu'au 4e degré inclus
  • parents au-delà du 4e degré et personnes sans parenté (valable pour le concubin)
1 594 €

1 594 €
- 55 %

- 60 %
  • Héritier handicapé
159 325 € (cumulable avec l'abattement personnel lié au degré de parenté)Barème selon le lien avec le défunt

Même si les droits de donation et les droits de succession obéissent à une logique de calcul proche, les abattements et exonérations ne sont pas toujours identiques. En donation, il n’existe notamment pas d’exonération générale équivalente à celle dont bénéficie le conjoint survivant ou le partenaire de Pacs en matière de succession.

En savoir plus sur le calcul des droits de donation.

Quels avantages fiscaux en cas de succession d’entreprise ?

Lorsqu’une entreprise est transmise par succession, plusieurs dispositifs peuvent alléger la charge fiscale supportée par les héritiers ou faciliter le paiement des droits.

Le pacte Dutreil

Le pacte Dutreil s’applique aux transmissions d’entreprise par donation ou par succession. Il permet, sous conditions, de bénéficier d’une exonération de 75 % de la valeur de l'entreprise ou des titres de société transmis. Autrement dit, les droits de succession ne sont calculés que sur 25 % de la valeur transmise à l'héritier.

En savoir plus sur le pacte Dutreil


Le paiement différé et fractionné des droits de succession d'entreprise

En principe, les droits de succession doivent être payés lors du dépôt de la déclaration de succession. Cette déclaration doit être déposée dans les 6 mois du décès lorsque le décès est survenu en France métropolitaine. Le délai est porté à 1 an lorsque le décès est survenu hors de France métropolitaine ou à l’étranger.

Toutefois, lorsque la succession porte sur une entreprise individuelle ou sur des titres de société non cotée, les héritiers peuvent, sous conditions, demander un paiement différé puis fractionné des droits de succession.

Ce mécanisme permet de reporter le paiement pendant 5 ans, puis de l'échelonner sur une période de 10 ans. Il peut faciliter la reprise de l’entreprise lorsque les héritiers ne disposent pas immédiatement des liquidités nécessaires.

Lorsque la succession comprend également d’autres biens (immobilier, liquidités), seule la fraction des droits correspondant à l’entreprise ou aux titres éligibles peut bénéficier de ce régime.

La demande doit être formulée auprès de l’administration fiscale et implique notamment la constitution de garanties ainsi que le paiement d’intérêts.

Le report d’imposition des plus-values professionnelles en entreprise individuelle

Lorsque la succession porte sur une entreprise individuelle, le décès de l’exploitant peut entraîner la constatation de plus-values professionnelles sur les éléments de l’actif immobilisé transmis. Pour éviter que cette imposition ne pèse immédiatement sur les héritiers, un régime de report d’imposition peut s’appliquer, sous conditions.

Concrètement, l’imposition des plus-values n’est pas exigée au moment de la succession. Elle est reportée jusqu’à un événement ultérieur, par exemple la cession de l’entreprise, la cessation de l’activité ou la vente d’un des éléments transmis. L’imposition est alors due par le ou les bénéficiaires de la transmission.

Foire aux questions

L’entreprise ou les titres de société font partie de la succession du dirigeant décédé. Ils sont donc transmis à ses héritiers ou légataires selon les règles successorales applicables, les éventuelles dispositions testamentaires et, le cas échéant, les statuts de la société. Lorsque plusieurs héritiers sont concernés, il est important d’organiser rapidement la gestion de l’entreprise afin d’éviter une situation de blocage.

Oui, mais cette période doit être organisée avec attention. Le décès du dirigeant peut créer une période d’incertitude sur la gouvernance, la signature des contrats, les relations bancaires ou les décisions urgentes. Lorsque l’entreprise est exploitée en société, les statuts peuvent prévoir des règles de continuité ou de remplacement du dirigeant. Dans une entreprise individuelle, la situation est souvent plus délicate car l’activité était directement rattachée à la personne du défunt.

Lorsque plusieurs héritiers recueillent ensemble l’entreprise ou les titres, ils peuvent se retrouver en indivision ou devenir ensemble associés ou actionnaires. Cette situation peut fonctionner temporairement, mais elle peut aussi compliquer les décisions de gestion si les héritiers n’ont pas les mêmes objectifs. Il peut alors être nécessaire d’organiser un partage, une cession de droits ou la reprise de l’entreprise par l’un d’entre eux.

Si aucun héritier ne souhaite reprendre l’entreprise, plusieurs solutions peuvent être envisagées : cession à un tiers, reprise par un salarié, vente des titres ou liquidation de l’activité selon la situation. L’enjeu est d’éviter que l’absence de repreneur ne fragilise rapidement l’entreprise, ses salariés, ses clients et ses partenaires.

Oui. Les statuts peuvent prévoir des clauses encadrant la transmission des titres en cas de décès, notamment une clause d’agrément. Selon la forme de la société et les règles statutaires applicables, l’entrée des héritiers au capital peut donc être soumise à l’accord des associés. Il est indispensable de vérifier les statuts lors du règlement de la succession.

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