De la création à la pérennité : comment My Creo Academy accompagne les entrepreneurs des QPV

Développement d'entreprise
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Créée il y a 20 ans à Aulnay-sous-Bois, My Creo Academy accompagne les entrepreneurs dans le développement de leur activité, avec une attention particulière portée aux habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). À travers ses programmes d'accélération, la structure agit en faveur de l'emploi, de la création de valeur économique et de la lutte contre la précarité dans ces territoires. Si son ancrage historique reste les quartiers populaires, son action rayonne aujourd'hui bien au-delà de l'Île-de-France, en accompagnant des entrepreneurs venus de toute la France.
visuel article Mohammed Haddou

Cofondateur et délégué général de My Creo Academy, Mohammed Haddou porte depuis l'origine la conviction que l’entrepreneuriat accessible et créateur d'opportunités. Lui-même entrepreneur, il défend une approche fondée sur l'expérience du terrain, le développement des compétences et la force du collectif. Pour lui, les clés de la réussite entrepreneuriale résident aujourd’hui dans la capacité à développer une activité pérenne, à s’appuyer sur un écosystème et à saisir les nouvelles opportunités offertes par l’innovation.

Interview Question/Réponse

Bpifrance Création : comment s'organise votre offre d'accompagnement ?

Mohammed Haddou : Notre approche s’articule autour de trois éléments fondamentaux. Nous nous concentrons d’abord sur le savoir-faire, car développer une entreprise nécessite des connaissances et la maîtrise d’outils et des mises en œuvre permettant le pilotage d’une entreprise. 

Ensuite, le savoir-être est primordial parce que nous sommes des êtres humains avec chacun une histoire, un environnement, et des limites qui nous sont propres. Entreprendre demande une bonne connaissance de ses propres limites pour surmonter les difficultés. 

Le dernier élément, c’est le réseau parce que personne ne se développe seul. Il est essentiel de s’inscrire dans un écosystème, dans lequel les entrepreneurs pourront s’appuyer sur un fournisseur, un client, un conseiller, ou un coach. Attention, un réseau ne se limite pas à accumuler les contacts, il faut l’entretenir, le développer et le concrétiser en chiffre d’affaires. 

Bpifrance Création : comment vos accélérateurs traduisent-ils concrètement cette approche ?

MH : Nous proposons trois accélérateurs adaptés à différents niveaux de maturité entrepreneuriale. Le premier s’intéresse à des entrepreneurs récemment immatriculés, mais dont l’offre est mal structurée et qui n’arrivent pas à dégager une rémunération suffisante. Le deuxième accélérateur accompagne des entrepreneurs en phase de développement mais confrontés à des problématiques de développement commercial ou de ressources humaines. Le dernier accélérateur se présente sous forme de concours, tourné sur le monde de la street food. Il propose un programme à des restaurateurs possédant un ou plusieurs établissements et qui souhaitent en ouvrir de nouveaux ou développer un réseau en franchise. 

Ces trois accélérateurs reposent sur les mêmes ingrédients : formations collectives et coachings individuels. Les formations permettent d’acquérir des compétences, tandis que les coachings servent à les ancrer dans la réalité de l’entrepreneur. Des événements réseaux et des conférences inspirantes complètent le dispositif en abordant des sujets périphériques essentiels : la posture entrepreneuriale, le développement du réseau, ainsi que les enjeux propres à certains secteurs. Notre objectif est de renforcer leurs compétences et leur confiance afin de les aider à bâtir un projet solide et durable. 

Bpifrance Création : quelles sont les conditions pour rejoindre ces programmes ?

MH : Nous établissons des critères pour que l’entrepreneur se sente véritablement concerné par les sujets proposés dans l’accélérateur. Nous opérons un tri des dossiers, en regardant si les entrepreneurs ont déjà créé leur boîte, depuis combien de temps, puis nous les orientons vers le programme le plus adapté en fonction de leur chiffre d’affaires. Il faut savoir que 70 % des places sont attribuées à des entrepreneurs qui viennent des QPV.

Tous les candidats répondent à un questionnaire, comportant cette question centrale : « qu’est-ce que vous apportez au collectif ? ». Il est important d’engager un échange avec eux et qu’ils comprennent que l’accompagnement fonctionne dans les deux sens. Ils viennent chercher des outils, des conseils, mais également partager leur expérience et leurs connaissances avec les autres entrepreneurs. 

Un jury, incluant les différents acteurs de l’écosystème, sélectionne ensuite les entrepreneurs qui vont embarquer dans ces accélérateurs. 

Bpifrance Création : combien d'entrepreneurs accompagnez-vous ?

MH : Nous accompagnons généralement entre 15 et 20 entrepreneurs par session. En un peu plus d’un an, nous avons accompagné 200 personnes sur les deux premiers accélérateurs et plus de 40 pour celui dédié à la street food. 

Bpifrance Création : quels sont les obstacles spécifiques de ces quartiers auxquels font face les entrepreneurs ?

MH : Pendant longtemps, les obstacles étaient l’accès à l’information, mais également des blocages internes aux entrepreneurs qui pensaient ne pas être faits pour l’entrepreneuriat, ne pas avoir fait assez d’études ou ne pas avoir les fonds suffisants. La majorité de ces obstacles sont aujourd’hui franchis grâce aux technologies et au travail de nombreux acteurs qui montrent dans ces quartiers que c’est possible. Désormais, les personnes n’ont plus peur et se lancent.

Le problème se situe ailleurs : de plus en plus de personnes se lancent dans l’entrepreneuriat, mais peu parviennent à en vivre. Nous avons observé une précarité salariale, nous assistons désormais à une précarité entrepreneuriale, avec les dernières études indiquant un revenu moyen de 700 € par mois pour les micro-entrepreneurs. Notre posture est d’offrir un accompagnement permettant d’assurer le développement de ces entrepreneurs, qui pourront, à terme, se rémunérer décemment. 

Bpifrance Création : quels sont les types de projet que vous voyez le plus émerger dans vos programmes ?

MH : Les services aux entreprises comme aux particuliers ont toujours eu la cote, car ils nécessitent généralement moins d’investissements que d’autres types de projets, comme les projets industriels par exemple. Il peut s’agir d’hôtels canins, de services informatiques, comme de l’aide à la personne. Toutefois, il y a une recrudescence des projets gastronomiques, comme de la production de miel ou de jus, ou alors des productions artisanales avec une présence forte de marketing digital, de vente en ligne.

Bpifrance Création : 70 % de vos accompagnés proviennent de QPV, quels sont les avantages pour les entrepreneurs qui s'y installent ?

MH : Il existe des avantages fiscaux à implanter une entreprise dans ces territoires, mais ça ne doit pas être la motivation principale. Les questions d’accessibilité et de transports restent des sujets, mais des projets comme le Grand Paris proposent des améliorations concrètes.

Aujourd’hui, les avantages sont plus visibles, parce qu’il y a de plus en plus d’entrepreneuriat dans les quartiers, donc plus d’écosystèmes qui s’y développent. Par rapport à il y a 10 ou 20 ans, l’attractivité des banlieues parisiennes est bien plus forte, notamment grâce à un loyer plus faible. 

Il faut se rendre compte qu’aujourd’hui l’enjeu n’est plus autour des quartiers mais de l’IA. Nous assistons à un véritable changement de paradigme.

Bpifrance Création : comment accompagnez-vous les entrepreneurs face aux transformations liées à l'intelligence artificielle ?

MH : Nous intégrons l’IA dans nos formations avec des experts, même si tout le monde est en phase d’exploration. Ces outils ouvrent un champ des possibles considérable et personne ne peut mesurer pleinement leur impact sur l’entrepreneuriat. 

Ils changent déjà la donne sur le débat autour des quartiers. Des entrepreneurs qui en proviennent révolutionnent leur secteur d’activité, comme dans les médias et la production. Ils ne créent plus simplement des boîtes mais des systèmes.

Cela ne signifie pas que la considération territoriale a disparu. Certains quartiers restent confrontés à des difficultés liées à leur environnement ou à un manque de services. Mais sur le plan entrepreneurial, les opportunités sont beaucoup plus ouvertes qu’auparavant. Nous voyons émerger une génération d’entrepreneurs qui intègrent naturellement l’IA dans leurs activités, et qui disposeront d’un avantage considérable s’ils parviennent à s’approprier l’outil. 

Bpifrance Création : si vous deviez faire un bilan de l'action de My Creo Academy, qu'est-ce qui est le plus frappant selon vous ?

MH : Nous ne considérons pas notre action déconnectée de celle de l’ensemble des acteurs de l’accompagnement. Les progrès observés dans les quartiers sont le fruit d’un travail collectif mené par de nombreux réseaux, institutions et partenaires.

En 20 ans, nous avons accompagné plus de 3 000 entrepreneurs, dont 60 % de femmes, avec un taux de pérennité supérieur à 75 %. Ce qui nous distingue, c’est notre approche. Nous sommes des entrepreneurs, qui avons grandi dans les quartiers où nous intervenons. Le siège de l’association est encore à la cité des 3000 à Aulnay-sous-Bois, à l’endroit où nous l’avons fondée. Nous apportons donc une expérience vécue, au plus près du terrain. 

Nous cherchons à identifier les secteurs d’activités à fort potentiel de création de valeur et d’emplois. C’est notamment le sens de notre accélérateur dédié à la street food. Derrière l’essor de ce secteur, notre ambition est de promouvoir l’excellence en matière de gestion, d’image et de qualité. Nous voulons montrer que ces activités peuvent porter de fortes ambitions de développement, en France comme à l’international. Par exemple, nous nous sommes rendus cette année au salon de la franchise à Dakar au Sénégal. 

Bpifrance Création : vous insistez sur la force du collectif, comment se traduit-elle dans votre action ?

MH : Nous avons toujours privilégié une logique de coopération avec les autres réseaux d’accompagnement. Chacun possède ses expertises et ses publics. Certains accompagnent seulement des femmes, d’autres des seniors, d’autres se spécialisent sur des activités, le financement ou l’hébergement. 

Cette conviction a notamment contribué à la naissance de Cap Créa, qui réunit aujourd’hui 27 réseaux d’accompagnement. Progressivement, nous avons appris à nous connaître, à cesser de nous considérer comme des concurrents et à orienter les entrepreneurs vers les structures les plus adaptées à leurs besoins. 

Aujourd’hui, il est devenu naturel qu’un entrepreneur soit accompagné successivement par plusieurs réseaux. Nous accueillons régulièrement des porteurs de projets passés par d’autres structures et nous orientons également les nôtres vers des partenaires si cela bénéficie à leur développement. Cette dynamique s’appuie aussi sur les collectivités et les acteurs institutionnels avec lesquels nous travaillons au quotidien. 

Bpifrance Création : quel conseil donneriez-vous à un porteur de projet ?

MH : Je lui conseillerais de ne pas se lancer seul. Il faut comprendre l’écosystème dans lequel il s’installe, et s’appuyer sur les réseaux d’accompagnement qui peuvent l’éclairer dans sa démarche, et l’aider à se rapprocher des entrepreneurs de ce territoire. 

S’il souhaite s’implanter dans un quartier prioritaire, il ne doit pas le faire uniquement pour bénéficier d’avantages fiscaux. Il faut suivre une logique économique, en étudiant le marché et le réseau présent.  Depuis 20 ans, notre adage est de « réussir sans partir ». Quand les entrepreneurs se développent et restent sur leur territoire, ils permettent de le transformer et de l’enrichir. 

Ilan Veysseyre - Rédacteur web
Septembre 2026