Dans cet article :
Depuis le 1er janvier 2020, l'obligation de facturation électronique est généralisée pour toutes les entreprises répondant à des marchés publics. Dans ce cadre, toutes les factures transitent via une plateforme publique dédiée appelée « Chorus Pro ».
Le système de facturation électronique va prochainement être étendu aux transactions interentreprises, selon des modalités et un calendrier précis.
Pourquoi généraliser la facturation électronique entre entreprises ?
Pour encourager la dématérialisation des échanges entre entreprises, les pouvoirs publics ont décidé d’instituer une obligation de facturation électronique dans les échanges entre entreprises assujetties à la TVA et établies en France.
Une réforme d’ampleur qui poursuit 4 objectifs :
- renforcer la compétitivité des entreprises : allègement de la charge administrative, diminution des délais de paiement et gains de productivité résultant de la dématérialisation ;
- simplifier, à terme, les obligations déclaratives en matière de TVA par la mise en place d’un système de pré-remplissage des déclarations de TVA ;
- améliorer la lutte contre la fraude à la TVA au bénéfice des opérateurs de bonne foi ;
- affiner la connaissance en temps réel de l’activité des entreprises et le pilotage des politiques publiques.
Facturation électronique : de quoi parle-t-on ?
Définition de la facture électronique
Dans le cadre de la réforme, une facture électronique est une facture créée, envoyée et conservée sous forme dématérialisée et qui comporte nécessairement un socle minimum de données sous forme structurée, ce qui la différencie des factures "papier" ou sous format PDF ordinaire.
Les factures transmises par voie électronique ne sont valables que si l'authenticité de leur origine (émetteur identifié), l'intégrité de leur contenu (non modifiable) et leur lisibilité sont garanties.
Au-delà de constituer une étape supplémentaire dans la numérisation des échanges, la facture électronique servira aussi à transmettre certaines données à l'administration fiscale.
« E-reporting » : de quoi s’agit-il ?
Le e-reporting est une obligation qui impose aux entreprises de transmettre à l’administration fiscale certaines informations relatives à des opérations commerciales qui ne sont pas concernées par la facturation électronique (montant de l’opération, montant de la TVA facturée, etc.).
Cette obligation englobe aussi la notion de transmission des données de paiement relatives aux opérations relevant de la catégorie des prestations de services.
Associé à la facturation électronique, l’e-reporting permet de reconstituer l’activité économique d’ensemble d’une entreprise.
Facturation électronique : comment ça marche ?
Facturation électronique : qui est concerné ?
- Entreprises et opérations concernées
La facturation électronique concerne toutes les transactions initiées (achats et ventes de biens, prestations de services) entre assujettis à la TVA établis en France, dès lors qu’il s’agit d’opérations dites « domestiques », c’est-à-dire qui concernent le territoire national. Il est ici questions de transactions entre professionnels (BtoB).
Sont également soumis à cette obligation de facturation électronique, les assujettis non redevables de la TVA (micro-entrepreneurs et personnes morales en franchise en base de TVA) et ce afin, notamment, de contrôler les dépassements de seuils.
Les entreprises qui n’émettent pas de facture sont également concernées par la réforme : elles devront être capable de recevoir des factures électroniques de leurs fournisseurs et pourront avoir à transmettre des données complémentaires à l’administration.
- Exclusions
Il existe plusieurs exclusions à cette obligation de facturation électronique :
- les transactions internationales ou intracommunautaires ;
- les transactions avec les particuliers (BtoC) ;
- certaines opérations sectorielles comme les prestations dans les domaines de la santé, de l'enseignement et de la formation, les opérations immobilières, les opérations réalisées par des associations non assujetties à la TVA, les opérations bancaires et financières ainsi que les opérations d'assurance et de réassurance.
- Des spécificités pour l’outre-mer ?
Les entreprises établies en Martinique, en Guadeloupe et à La Réunion, sont concernées par les deux dispositifs, facturation électronique et e-reporting.
En revanche, celles établies dans les territoires de Guyane, Mayotte, Saint-Pierre et Miquelon, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis-et-Futuna (et les Terres australes et antarctiques françaises) n’entrent pas dans le champ de la facturation électronique. Toutefois, certaines opérations réalisées peuvent entrer dans le champ de l’obligation de e-reporting.
Pour en savoir plus, consultez la FAQ dédiée mise en ligne par l’administration fiscale.
E-reporting : qui est concerné ?
Le e-reporting consiste à transmettre à l’administration fiscale certaines données relatives aux opérations qui ne sont pas concernées par l’obligation de facturation électronique.
Sont visées les opérations suivantes :
- ventes et prestations de services avec des particuliers (transactions BtoC) ;
- transactions avec des opérateurs établis à l’étranger (exportations, livraisons intracommunautaires).
Comme pour la facturation électronique, les opérations qui bénéficient d'une exonération de TVA et qui sont dispensées de facturation en application des articles 261 et suivants du CGI ne sont pas concernées par l’obligation de e-reporting.
Par ailleurs, certaines entreprises étrangères non établies en France peuvent être soumises à cette obligation dès lors que les opérations qu’elles réalisent sont réputées situées en France et soumises à TVA.
Facturation électronique : quelles sont les obligations à respecter ?
Focus sur les mentions obligatoires devant figurer sur les factures
Le contenu d'une facture électronique doit correspondre à celui d'une facture papier et donc comporter strictement les mêmes mentions obligatoires, notamment celles prévues par le Code de commerce et le Code général des impôts.
La réforme de la facturation électronique est venue compléter cette liste de mentions obligatoires. Les factures devront donc comporter, en plus des mentions habituelles :
- le SIREN du client ;
- l’adresse de livraison des biens si elle est différente de l’adresse de facturation ;
- l’information selon laquelle les opérations donnant lieu à facture sont constituées exclusivement de livraisons de biens, ou exclusivement de prestations de services, ou sont constituées des deux ;
- la mention "option pour le paiement de la taxe d’après les débits", lorsque le prestataire a opté pour le paiement de la TVA d’après les débits (lors de la facturation) au lieu de la TVA sur les encaissements.
Focus sur les formats de facturation
Une facture électronique doit respecter un certain format :
- UBL ;
- CII ;
- ou tout format mixte composé d’un fichier de données structurées et d’un fichier image.
Par conséquent, une fois que le dispositif de facturation électronique sera pleinement applicable, ces formats devront impérativement être respectés.
Ne seront pas considérées comme des factures électroniques les factures « papier » scannées, les PDF ordinaires et les documents envoyés par mail.
Comment émettre et recevoir des factures électroniques
L’émission et la réception de factures électroniques s’effectuera par l'intermédiaire d'une plateforme agréée, qui se chargera de l'envoi effectif des factures à la plateforme de dématérialisation du client professionnel.
Les factures ne pourront plus être transmises directement au client par mail : elles devront obligatoirement être adressées par l’intermédiaire de la plateforme agréée.
Il sera toujours possible de refuser, via la plateforme, la réception d'une facture (erreur, litige, etc.).
Comment sont transmises les données de facturation à l’administration fiscale ?
Vous n’aurez pas à transmettre vous-même les données de facturation à l’administration fiscale. C’est votre plateforme qui se chargera d’extraire ces données et qui les fournira à l’administration.
Facturation électronique et e-reporting : quelles sont les données transmises à l’administration fiscale ?
Concernant la facturation électronique
L’administration fiscale n’aura pas accès à toutes les informations figurant sur vos factures. Elle récupérera seulement celles utiles à ses missions. La liste est disponible ici.
Concernant le e-reporting
Dans le cadre du e-reporting, les données de transaction et de paiement devront être transmises par l’entreprise qui réalise l’opération, par l’intermédiaire d’une plateforme.
Ces données devront être conformes aux normes sémantiques publiées sur le site de l'administration fiscale. A titre d’exemple, on retrouve :
- le numéro d'identification ;
- la période au titre de laquelle la transmission est effectuée ou, pour les opérations donnant lieu à une facture électronique, la date de facture ;
- la mention "option pour le paiement de la taxe d'après les débits" lorsqu'il y a lieu ;
- la catégorie de transaction : livraison de biens (LB), prestation de services (PS) ou constituée des deux catégories (LBPS) ;
- par taux d’imposition, le montant total hors taxe et le montant de la taxe correspondante ;
- le montant total de la taxe due en France ;
- la devise ;
- la date des transactions ;
- pour les opérations ne donnant pas lieu à une facturation électronique, le nombre de transactions quotidiennes ;
- pour les opérations donnant lieu à une facturation électronique, le numéro de la facture.
La liste complète est disponible ici.
Facturation électronique : le calendrier de déploiement
Ces dernières années, le calendrier de la réforme de la facturation électronique n’a cessé d’évoluer.
Actuellement, il est prévu que toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures sous format électronique dès le 1er septembre 2026, quelle que soit leur taille, dès lors que leur fournisseur a l’obligation d’émettre selon un format électronique.
A cette date, vous devrez donc avoir choisi votre plateforme.
Pour connaître la date à laquelle vous devrez émettre des factures électroniques, reportez-vous au tableau ci-dessous :
| Date à laquelle l’émission de factures électroniques sera obligatoire | Entreprises concernées |
| 1er septembre 2026 | Grandes entreprises Entreprises de taille intermédiaire (ETI) |
| 1er septembre 2027 | Petites et moyennes entreprise (PME) Micro-entreprises |
Ce calendrier s’applique aussi aux obligations de transmission de données relevant du e-reporting.
Facturation électronique : des sanctions en cas de non-respect de ses obligations
Des sanctions pour les entreprises
Le non-respect des obligations de facturation et de transmission des données donnera lieu à une amende de :
- 50 € par facture, en cas de non-émission d'une facture sous format électronique, plafonnée à 15 000 € par année civile ;
- 500 € par transmission, en cas de non-respect de l'obligation de e-reporting, plafonnée à 15 000 € par année civile.
Dans les deux cas, la 1re infraction commise ne sera pas sanctionnée.
Par ailleurs, lorsqu’une entreprise ne recourt pas à une plateforme agréée pour recevoir ses factures, l’administration lui adresse une mise en demeure de se conformer à cette obligation dans un délai de 3 mois.
A l’issue de ce délai, si le manquement persiste, une amende de 500 € sera appliquée et une nouvelle mise en demeure lui sera adressée. Passé 3 mois, si l’entreprise continue de contrevenir à ses obligations, elle devra s’acquitter d’une amende de 1 000 €. Cette amende de 1 000 € pourra être renouvelée tous les 3 mois tant que le manquement n’aura pas été corrigé.
Des sanctions pour les plateformes
Les plateformes qui ne transmettraient pas les informations à l'administration fiscale seront également sanctionnées à hauteur de :
- 50 € par facture dans la limite de 45 000 € par année civile ;
- et 750 € par transmission dans la limite de 100 000 € par année civile.
Textes de référence
- Décret n°2022-1299 du 7 octobre 2022
- Articles 261 et suivants du Code général des impôts
- Article 289 bis du Code général des impôts
- Article 242 nonies A de l'annexe III au Code général des impôts
- Article 242 nonies M de l'annexe III au Code général des impôts
- Article 290 du Code général des impôts
- Article 1737 du Code général des impôts
- Article 1788 D du Code général des impôts
- FAQ sur la facturation électronique
- FAQ sur la facturation électronique dans les DROM et COM
- Fiches pédagogiques pour mieux comprendre la facturation électronique
Foire aux questions
Vous êtes concerné par les deux dispositifs : la facturation électronique et la transmission des données de transaction et de paiement (e-reporting).
Bien sûr. La réforme de la facturation électronique ne change rien à ce propos. Vous pourrez toujours refuser une facture électronique (erreur de destinataire, erreurs sur la facture, décision commerciale, etc.).
Votre plateforme agréée vous fournira la possibilité technique de refuser une facture.
Les factures adressées à vos clients devront impérativement transiter par votre plateforme de dématérialisation agréée. Vous ne pourrez plus les transmettre par mail.
La facturation électronique présente un double avantage pour votre entreprise. Elle vient :
- renforcer votre compétitivité par l’allègement de votre charge administrative, la diminution des délais de paiement et le gain réel de productivité résultant de la dématérialisation ;
- simplifier, à terme, vos obligations déclaratives en matière de TVA. Le gouvernement prévoit en effet la mise en place d’un système de pré-remplissage des déclarations de TVA.
Pour le moment, oui. Dans le cadre de la réforme de la facturation électronique, vous allez devoir continuer à déposer vos déclarations de TVA selon la même périodicité qu’aujourd’hui (tous les mois, tous les trimestres ou une fois par an selon votre régime d’imposition).