Startups : donnez-vous les moyens de réussir !

Création d'entreprise
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Vous portez un projet innovant ou souhaitez développer une idée nouvelle ? Le monde des startups vous tend les bras. Pourtant, entre définitions parfois floues, exigences de croissance et spécificités de financement, il peut être difficile de s’y retrouver. Lise Gandrille-Talarico, correspondante nationale startup à la Banque de France nous aide à décrypter les fondamentaux de cet écosystème, et à comprendre les bases indispensables pour structurer son projet.
visuel article Lise Gandrille-Talarico

Ça y est ! Vous avez trouvé une idée novatrice en laquelle vous croyez et vous êtes prêt à créer votre startup. Mais l’univers dans lequel vous entrez reste encore méconnu. Pourtant, comprendre ses codes et ses mécanismes est essentiel pour avancer efficacement et éviter les erreurs qui freinent la croissance des jeunes entreprises. Parmi les enjeux majeurs : le financement. Pour transformer votre idée en entreprise viable, vous aurez besoin de ressources adaptées à votre ambition. Cet échange vous présente les principales options de financement disponibles, vous explique comment les mobiliser et vous aide à établir une stratégie cohérente pour faire grandir votre projet.

Interview Question/Réponse

Bpifrance Création : Pouvez-vous nous présenter votre mission vis-à-vis des startups ?

Lise Gandrille-Talarico : Je m’occupe de l'accompagnement des entreprises à la Banque de France. Nous sommes présents, via notre réseau composé de vingt correspondants startup, sur l'ensemble du territoire. Ils accompagnent les startuppers partout en France sur les problématiques de financement. Ils peuvent aussi jouer un rôle en termes d'éducation financière, en aidant à développer la connaissance financière des chefs d'entreprise.

Bpifrance Création : Pouvez-vous nous indiquer ce qu'est une startup ?

LGT : Il existe différentes définitions de ce qu’est une startup. A la Banque de France, nous utilisons trois critères pour les repérer. C’est d’abord une entreprise qui possède un fort potentiel de croissance. Deuxièmement, elle développe ou met en œuvre une technologie innovante ou une technologie de rupture. Et troisièmement, c'est une entreprise qui se finance le plus souvent par des levées de fonds.

Bpifrance Création : Qu'est-ce qui différencie la création d'une startup par rapport à la création d'une entreprise plus classique ?

LGT : La principale différence porte sur le modèle de financement, qui n'est pas du tout le même. Ce sont les levées de fonds qui vont permettre à la startup d'avoir la trésorerie nécessaire pour financer toute la phase de création et de développement. Une entreprise classique trouve son modèle en générant immédiatement de la rentabilité. Et cette rentabilité l’aide à consolider sa trésorerie qui lui permettra ensuite de se développer et d'investir.

Bpifrance Création : Quelle est la stratégie à adopter pour maximiser une levée de fonds ?

LGT : La levée de fonds découle d’une relation de confiance entre un investisseur et un startupper. Ce qui est vraiment important, c'est le projet de l'entreprise et de réussir à bien le porter dans toutes les dimensions. Les investisseurs ont besoin de porteurs de projet maîtrisant la dimension financière, mais également celle du développement économique. Les autres éléments majeurs sont l'équipe dirigeante et la solidité de la structuration de l'entreprise : une personne peut avoir la meilleure idée du monde, si elle ne s’est pas correctement entourée, les investisseurs peuvent renoncer à financer le projet. Ils trouvent une source d’assurance dans la présence d’un collectif aux expertises complémentaires au sein de l’équipe dirigeante.

Bpifrance Création : Est-ce qu'il y a des secteurs plus propices à l'innovation que d'autres ?

LGT : Je ne sais pas si on peut dire que certains secteurs soient plus propices. En tout cas, nous observons des dynamiques qui peuvent être différentes. Chaque année, des secteurs sont plus porteurs que d'autres. En 2024, le secteur des FinTech a eu une très forte dynamique, puisque c'est le secteur qui a le plus augmenté : 41 % de hausse de chiffre d’affaires sur les startups les plus avancées.

En 2024, tous les secteurs ont enregistré une croissance d’activité, mais celui des logiciels et de la data s’impose depuis plusieurs années. Cette année, il affiche une progression d’environ 16 %, après 18 % l’an dernier, confirmant son dynamisme. D’autres domaines présentent également des perspectives prometteuses : énergie et environnement, e-commerce et marketplaces, marketing digital, tourisme, ainsi que le secteur de la santé. Le point intéressant à relever est que tous les secteurs sont dynamiques, malgré la baisse des levées de fonds. Il peut donc potentiellement y avoir de l'innovation et des startups dans tous les secteurs.

Bpifrance Création : Par rapport au dynamisme observé, pensez-vous qu'il y a eu plus de précision dans les choix opérés par les investisseurs ou que les startups ont adapté leurs modèles de financement ?

LGT : Il y a eu beaucoup de levées de fonds post-Covid. Le financement était beaucoup plus abondant. Aujourd’hui, nous sommes revenus dans une phase presque de normalisation en termes de levées de fonds, ce qui a poussé les entreprises à s’adapter en s'approchant un peu plus de leur niveau de rentabilité. Notre dernière étude le montre, le déficit d'exploitation s'est réduit de 17 %. C'est la première fois depuis trois ans. Il y a un effort constant sur l'aspect rentabilité, en réponse à la demande des investisseurs.

Bpifrance Création : Mais est-ce qu'il y a aussi d'autres modes de financement pour des startups ?

LGT : Oui ! Comme le montre notre étude, un certain nombre de startups se financent aussi par le financement bancaire classique. C’est actuellement le cas de 88% des startups les plus matures de l'écosystème. Certaines ont également recours à des emprunts obligataires entre deux levées de fonds ou à des mécanismes d’incitation fiscale, comme le crédit d’impôt recherche.

Bpifrance Création : Quelles sont les différentes étapes du financement des startups ?

LGT : Il existe différents types de financement en fonction du stade de maturité de la startup. En phase de création, la startup peut recourir à des aides financières, des prêts d’honneur, des aides publiques, ainsi qu’à la love money, en complément de l’apport initial. En démarrage de projet, Bpifrance se propose souvent de financer l’innovation. En se développant, elle peut solliciter les business angels, faire appel au crowdfunding, ainsi qu’à des fonds d'amorçage. Vient ensuite le recours aux fonds de capital-risque (Venture Capital), avant de se développer via du capital développement, voire par le marché.

Bpifrance Création : Vers qui les créateurs peuvent-ils se tourner pour être accompagnés ?

LGT : Les startups peuvent s’appuyer sur les réseaux d’accompagnement traditionnels, ou se tourner vers les pôles de compétitivité ou les pépinières d'entreprise. Il est primordial de bien être accompagné afin de mettre toutes les chances de son côté, d'avoir les bons interlocuteurs autour de soi, comme les incubateurs, ou éventuellement les CCI (chambres de commerce et d’industrie).

Bpifrance Création : Et à la Banque de France, vous intervenez à quel moment ?

LGT : Nous intervenons vraiment à tous les moments de vie de l'entreprise. Nous allons souvent, par exemple, dans les incubateurs pour enseigner les notions financières aux entrepreneurs. Ensuite, nous accompagnons les dirigeants dans la recherche de financement, parce que nos correspondants startup connaissent bien l'écosystème et peuvent orienter les chefs d'entreprise vers les bons interlocuteurs.

A partir de la phase d’amorçage, la question de la cotation Banque de France intervient fréquemment. La cotation Banque de France est attribuée à toute entreprise dont le chiffre d’affaires est supérieur à 1,25 M€. Concernant les startups, l’analyse est adaptée afin de tenir compte du modèle spécifique de croissance. Il est donc essentiel que les startuppers se rapprochent de nos correspondants startup afin que les éléments qualitatifs et prospectifs soient intégrés à notre analyse à dire d’expert.

Bpifrance Création : Vous qui disposez d’un réseau couvrant l’ensemble du territoire, pensez-vous que la localisation d'une startup a un impact sur ses chances de développement ?

LGT : Nous espérons que non ! Cela dit, la moitié des startups se trouvent quand même en Île-de-France, avec un écosystème beaucoup plus développé. On peut penser qu’il est plus facile pour les start-ups de croître dans ce contexte. Cependant, nous observons une volonté, notamment au niveau de la French Tech ou encore de Bpifrance, de véritablement s’implanter sur l'ensemble du territoire. Nous estimons que leur présence constitue un facteur de réussite. En conséquence, je pense que l’implantation hors Île-de-France n’est en rien rédhibitoire.

Bpifrance Création : Quels sont les principaux conseils que vous donneriez à un porteur de projet souhaitant créer une startup ?

LGT : Je dirais qu’il faut avant tout se faire accompagner, ne pas rester seul. Nous disposons d’une grande chance en France : un écosystème qui accompagne l'innovation. Et une nouvelle fois, je pense que l'équipe dirigeante de la startup est extrêmement importante. Il faut se structurer dès le début et être bien clair sur sa vision du projet.

Ilan Veysseyre - Rédacteur web
Janvier 2026