Dans cet article :
Une entreprise individuelle est, par défaut, soumise à l'impôt sur les revenus (IR). Toutefois, elle peut décider d'opter pour son assimilation à une EURL (ou à une EARL), ce qui emporte de plein droit option pour l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés (IS). Quelles sont les conséquences du choix de l'IS pour les entreprises ?
En résumé
- L'entrepreneur individuel peut opter pour l'impôt sur les sociétés. Son statut juridique reste inchangé, mais il est fiscalement assimilé à une EURL (ou une EARL pour les activités agricoles).
- Cette option pour l'IS doit être exercée avant la fin du 3e mois du premier exercice concerné.
- Ce choix peut permettre à l'entrepreneur de mieux maîtriser son imposition, en arbitrant entre rémunération, dividendes et réinvestissement. Il entraîne toutefois l'application de règles plus complexes.
Entreprises concernées par l'option à l'impôt sur les sociétés
Tous les exploitants exerçant une activité indépendante en leur nom propre, soumis à un régime réel d’imposition, peuvent opter pour l’impôt sur les sociétés (IS).
Les micro-entrepreneurs qui souhaiteraient opter pour l’IS doivent d’abord passer par un régime réel d’imposition et donc sortir du régime de la micro-entreprise.
Dans sa documentation, l'administration fiscale précise clairement que cette option ne peut pas être exercée par les associés de SEL car ils ne sont pas réputés exercer leur activité en leur nom propre et ne répondent donc pas à la définition d'entrepreneur individuel.
Sur le plan juridique il n’y a aucun impact, l’entrepreneur et l’entreprise ne forment qu’une seule et unique personne. Sur le plan fiscal, l’option confère à l’entreprise individuelle une personnalité fiscale distincte de l’entrepreneur lui-même. C’est pourquoi l’option est considérée fiscalement comme une assimilation à une EURL (ou une EARL pour les activités agricoles).
C’est cette assimilation fiscale à une EURL ou EARL qui entraîne, de plein droit, l’option à l’impôt sur les sociétés.
Modalités de l'option à l'impôt sur les sociétés
L’entrepreneur soumis à l’impôt sur le revenu peut opter pour l’impôt sur les sociétés dans les trois premiers mois de l’exercice au cours duquel il souhaite voir appliquer l’option (ex : pour un passage à l’IS en 2026, l’option devra être effectuée avant le 31 mars 2026).
Pour souscrire à cette option, l'entrepreneur individuel adresse une notification au service des impôts du lieu de son établissement principal, qui lui délivre un récépissé de cette notification.
La notification doit indiquer :
- la dénomination et l'adresse de l'entreprise individuelle ;
- les nom et prénom, l'adresse et la signature de l'entrepreneur individuel exerçant son activité dans le cadre de cette entreprise.
L’option pour l’assimilation à une EURL ou EARL est irrévocable. Cependant il est possible de renoncer à son assujettissement à l’IS jusqu'au 5e exercice suivant celui au titre duquel l'option pour l'assimilation a été exercée.
L’entreprise individuelle est alors assimilée pour l'administration fiscale, à une EURL ou à une EARL soumise au régime des sociétés de personnes.
Impact du passage à l’impôt sur les sociétés pour les entreprises existantes
L’assimilation à une EURL équivaut fiscalement à une cessation d’activité, dont les impacts sont notamment l’imposition immédiate des plus-values latentes sur les éléments d’actifs. Cependant, l’administration fiscale accepte de considérer que dans ce contexte, l’entreprise individuelle à l’IS est bénéficiaire d’un apport (fonds de commerce de l’entrepreneur) et ce même s’il n’existe aucun contrat d’apport. Par conséquent, l’administration fiscale admet un report de l’imposition des plus-values. Cette tolérance a été légalisée par la loi de finances pour 2026.
Les éléments utiles à l’activité professionnelle sont obligatoirement inscrits au bilan de l’entreprise nouvellement soumise à l’IS, pour leur valeur réelle à la date du transfert.
L’entrepreneur devra, en plus des obligations comptables lui incombant du fait de son régime fiscal, déclarer l’IS et payer les acomptes y afférents.
Détermination du bénéfice imposable et taux d’imposition
Pour rappel, seules les entreprises individuelles relevant d’un régime réel d’imposition peuvent opter pour l’IS. La détermination du bénéfice imposable est donc la même que pour une entreprise individuelle dite "classique", à savoir chiffre d’affaires - charges (comprenant la rémunération de l'entrepreneur).
Le résultat imposable ainsi obtenu est soumis, sous conditions, au taux réduit de l’IS de 15 % sur les 42 500 € premiers euros de résultat. Au-delà, le bénéfice est imposé au taux normal de l'IS, soit à 25%.
Pour bénéficier du taux réduit de l’IS, l’entreprise individuelle est soumise à la seule condition de réaliser un CA inférieur à 10 M€ (les conditions de détention et de libération du capital étant supposées être satisfaites s’agissant d’une entreprise individuelle).
Rémunération de l’exploitant individuel et cotisations sociales
Dans une entreprise individuelle soumise à l’IS, l’exploitant individuel peut s'octroyer une rémunération qui sera donc différente de son bénéfice imposable.
La rémunération que va réellement percevoir l’exploitant individuel est imposable au barème progressif de l’impôt sur le revenu dans la catégorie des traitements et salaires après un abattement forfaitaire de 10 % pour frais professionnels.
Les cotisations sociales sont appelées sur les sommes qu’il aura réellement perçues.
L’exploitant individuel aura également la possibilité de percevoir une partie du bénéfice de l’entreprise individuelle sous forme de dividendes.
Exemple :
| Entreprise individuelle à l'IR | Entreprise individuelle à l'IS |
|---|---|
| Bénéfice imposable = CA - Charges | Bénéfice imposable = CA - Charges - Rémunération de l'exploitant - Cotisations sociales |
| Résultat imposable au barème progressif de l'impôt sur le revenu |
|
| Assiette de cotisations = revenu d'activité professionnelle | Assiette de cotisations = revenu d'activité indépendante + fraction des dividendes, le cas échéant |
pour en savoir plus sur l'assiette des cotisations sociales, vous pouvez consulter le document mis en ligne par l'Urssaf.
Avantages et inconvénients pour une entreprise individuelle d’opter pour l'impôt sur les sociétés
Les avantages
- Maîtriser son imposition personnelle et ses charges sociales en décidant de la rémunération à percevoir ;
- Limiter l’imposition à 25 % grâce au taux fixe de l’IS vs barème progressif de l’IR ;
- Arbitrer entre rémunération et dividendes ;
- Réinvestir son bénéfice dans l'activité.
Les inconvénients
- Le cas échéant, cotisations sociales dues sur les dividendes ;
- Perte de certains avantages fiscaux ;
- Perte de la possibilité d'imputer le déficit sur les autres revenus du foyer fiscal de l'année.
Textes de référence
- Article L526-22 du Code de commerce
- Documentation administrative : BOI-BIC-CHAMP-70-10
- Article 1655 sexies du Code général des impôts
- Article 350 bis de l'annexe III au Code général des impôts
- Article 151 sexies du Code général des impôts
- Article 151 octies D du Code général des impôts
- Article 219 du Code général des impôts
- Articles L131-6 et L136-3 du Code de la Sécurité sociale
Foire aux questions
L'entreprise individuelle (EI) peut opter pour l'impôt sur les sociétés (IS) et être fiscalement assimilée à une EURL.
L'option doit être notifiée, au service des impôts, avant la fin du troisième mois de l'exercice au titre duquel l'entreprise souhaite être soumise à l'IS. Dans ce cas, l'option à l'IS est rétroactive et s'applique au premier jour de l'exercice comptable et pour toute la durée de celui-ci.
Passé ce délai, l'option ne prendra effet qu'à partir de l'exercice suivant.
Pas systématiquement. Si la rémunération absorbe presque tout le résultat, l'IS perd une partie de son intérêt.
L'analyse doit se faire sur la base des besoins personnels de l'exploitant et de la stratégie de développement de l'entreprise.
Non.
Le passage à l'IS n'influence pas directement l'accès au crédit, mais il peut améliorer la lecture du résultat (meilleure prévisibilité du taux d'imposition).