Parvenir à croître vite et à passer à l'échelle avec une activité dont le but est de porter une amélioration sociale ou environnementale représente un réel défi. Les startups à impact doivent concilier performance économique et impact positif mesurable. Cependant, force est de constater que le secteur est dynamique, avec une croissance de 7% des emplois depuis 2023. Preuve que ce modèle répond à de nouveaux besoins économiques et sociétaux. Cette dynamique traduit une sensibilité accrue aux enjeux de responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Les porteurs de projet peuvent s'appuyer sur un écosystème dédié, composé d'acteurs engagés pour les accompagner, comme le mouvement Impact France. Il subsiste toutefois des freins spécifiques auxquels ces entrepreneurs sont confrontés : financement, mesure et pilotage de l'impact, équilibre entre mission sociale et viabilité économique. Autant de sujets abordés dans cet entretien, qui offre un éclairage concret sur un secteur entrepreneurial en pleine mutation.
Interview Question/Réponse
Bpifrance Création : Pouvez-vous nous présenter Impact France et ses différentes missions ?
Louise Picard : Impact France est le premier réseau de dirigeants et dirigeantes qui mettent l’impact au cœur de leurs entreprises, représentant plus de 30 000 entreprises de toutes tailles : grands groupes, startups, fonds d’investissement. Elles sont soit à impact, soit en transition. Nous sommes un mouvement, avec le statut d’association. Notre objectif est de les fédérer et faire en sorte qu’ils se connaissent, se rencontrent et se coalisent pour porter un plaidoyer commun.
Notre deuxième mission concerne des enjeux d’influence : nous menons des actions de plaidoyer auprès des décideurs politiques. Le troisième volet de notre action, c’est de faire progresser l’écosystème. Nous mettons à disposition des entreprises des outils variés pour progresser sur l’impact. Le mouvement développe une approche sectorielle avec notamment les cercles innovation, finance et énergie.
Bpifrance Création : Pouvez-vous nous indiquer ce qu'est une startup à impact ?
LP : Comme toute startup, elle est jeune et porte une innovation de rupture. Sa particularité est de porter une innovation à impact social et environnemental. Les profils que nous rencontrons s’intéressent à des sujets comme le gaspillage alimentaire ou la réinsertion de personnes en situation de handicap par exemple. Leur impact croît avec la performance économique.
Au sein d’Impact France, nous réunissons de nombreuses startups à impact, regroupées dans le cercle innovation. Nous avons également créé l’indice Impact 40/120 qui permet de mettre en lumière les startups à impact françaises les plus prometteuses. Le critère de l’âge de l’entreprise est important : dans le cadre du mapping avec Bpifrance Le Hub et France Digital, nous avons retenu les entreprises de moins de 15 ans.
Bpifrance Création : Pouvez-vous nous en dire plus sur l'indice Impact 40/120 ?
LP : C’est un indice que nous avons lancé il y a 2 ans, après avoir constaté que les indices existants en France, notamment le CAC40 ou le SBF120, sont toujours liés à des critères de valorisations financières. Nous souhaitions développer le premier indice qui regarde en priorité l’impact social et environnemental des entreprises, même si leur santé financière reste prise en compte.
Nous voulons mettre en lumière les startups à impact les plus prometteuses, et ainsi leur permettre de se développer. 120 startups sont lauréates et parmi ces 120, nous ciblons les 40 qui seront les futures licornes à impact. La licorne à impact possède une définition différente de la licorne classique, puisqu’elle n’est pas définie comme valorisée à 1 milliard d’euros, mais à 50 millions d’euros de coûts évités à la société par an.
Bpifrance Création : Existe-t-il des différences au niveau de la création entre une startup classique et une startup à impact ?
LP : La première différence réside dans la conviction de départ. C’est un choix, en général impulsé par le fondateur, de vouloir créer une startup à impact. Il y a également des différences dans le développement stratégique car il serait parfois économiquement plus intéressant de faire certains choix, mais ils entraîneraient des conséquences négatives sur la performance d’impact.
Souvent, une mesure de l’impact est effectuée pour suivre à la fois les indicateurs clés de performance (KPI) financiers, mais aussi les KPI d’impact. Ces startups engagées ne se limitent pas à surveiller la performance économique, contrairement aux startups classiques. Cela ne les empêche cependant pas d’avoir de bonnes performances économiques. Elles font parfois des choix forts en termes de gouvernance, de partage du pouvoir et de la valeur. C’est une dimension importante et souvent prise en compte.
Bpifrance Création : Est-ce qu'avec l'importance accordée au climat et au RSE, une startup à impact a plus de chances d'aboutir qu'une startup classique ?
LP : C’est difficile à dire. Nous avons observé dernièrement un retour en arrière sur un certain nombre de sujets d’engagement et d’impact, qui se retrouvent parfois dépriorisés par les entreprises. Cependant, le mapping des startups à impact et l’indice 40/120, montrent que les startups à impact se portent bien. L’IA est aujourd’hui le top secteur, mais l’impact s’en sort bien dans son sillage. Nous constatons que la baisse des investissements dans l’impact existe, mais elle reste plus faible que dans le domaine des startups au global.
Bpifrance Création : Ces startups peuvent-elles recourir à des aides spécifiques sur l'impact ?
LP : Il existe quelques aides, de Bpifrance, par exemple, sur l’impact pour les entrepreneurs. Mais quand nous regardons plus largement les aides publiques, ce n’est pas généralisé. Ainsi, Impact France a travaillé pour créer le statut de jeune entreprise d’innovation à impact (JEII), un dispositif qui permet aux startups à impact d’être reconnues et accompagnées au même titre que les startups qui portent des innovations technologiques.
Bpifrance Création : Que proposez-vous concrètement aux startups à impact ?
LP : Notre objectif, c’est de valoriser les startups à impact françaises et de leur permettre de porter un plaidoyer commun auprès des décideurs politiques. Nous travaillons également sur des mises en relation avec des acteurs clés pour leur développement. Lors du mapping de startups à impact, nous leur avons demandé quelles étaient leurs priorités. Ce qui revenait à chaque fois, c’est la mise en relation avec les grands groupes adhérents afin de pouvoir collaborer et signer des contrats avec eux.
Nous les accompagnons dans ce sens-là, en organisant tous les ans des rencontres entre startups et grands groupes dans le cadre de notre grand événement annuel : les universités d’été de l’économie de demain. C’est également l’occasion d’échanger lors de tables rondes avec des décideurs politiques.
Bpifrance Création : Est-ce que vos mises en réseau donnent lieu à des progrès au sein de ces startups ?
LP : Bien sûr ! Déjà, le volet business se développe, avec des rencontres avec les grands groupes qui peuvent aboutir sur des partenariats. De plus, nous organisons des formats de partage de bonnes pratiques entre pairs. Recevoir des conseils d’autres dirigeants qui ont les mêmes enjeux économiques et d’impact les aide à progresser collectivement. Une intelligence collective émerge au sein du mouvement, favorisant les échanges, la connaissance des acteurs clés et la croissance des startups.
Bpifrance Création : Quels sont les secteurs concernés par l'impact social et environnemental ?
LP : Aujourd’hui, l’impact est un peu partout et concerne beaucoup de secteurs : dans nos cercles, nous retrouvons des entreprises de la santé, l’énergie, l’alimentation/agriculture, ou de l’économie circulaire. Dans l’Impact 40/120, les lauréats proviennent de tous les secteurs et ils sont d’ailleurs classés par type d’activité.
Bpifrance Création : En quoi les enjeux de développement durable peuvent-ils constituer un levier de compétitivité pour les entreprises ?
LP : Malgré les retours en arrière, les startups à impact demeurent robustes et continuent de se développer. Cette dynamique se reflète notamment dans l’évolution des appels d’offre, qui intègrent de plus en plus des critères d’impact. Être bien positionné sur ces sujets peut constituer un avantage concurrentiel pour ces entreprises.
Il arrive que des grands groupes ou des investisseurs demandent un certain nombre de mesures pour s’assurer de l’impact positif des entreprises.
Bpifrance Création : Quels conseils donneriez-vous à un porteur de projet qui veut créer une entreprise innovante à impact ?
LP : Je dirais qu’il faut garder sa mission d’impact au cœur de son projet, et travailler collectivement avec les autres membres de l’écosystème. Je leur conseillerais également d’intégrer un incubateur pour bénéficier d’un accompagnement. Les startups de notre cercle ont souvent été accompagnées par des incubateurs. Il en existe qui travaillent sur les sujets d’impact en particulier : Ticket for change, makesense, etc.
Elles ont également pu être accompagnées côté financement, notamment par Bpifrance. Puis, une fois son entreprise créée, l’entrepreneur peut élargir son rôle en portant un plaidoyer politique, qui représente un levier stratégique pour renforcer son développement.