Entreprendre tout en étant accompagné : pourquoi choisir la franchise ?

Création d'entreprise
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La franchise constitue aujourd'hui un modèle entrepreneurial structurant pour créer ou reprendre une entreprise en s'appuyant sur un concept éprouvé. Elle permet de bénéficier d'une marque, d'un savoir-faire et d'un accompagnement, tout en restant juridiquement indépendant. Si ce modèle séduit de plus en plus de porteurs de projet, notamment en reconversion, il suppose toutefois de bien en comprendre les mécanismes, les avantages, mais aussi les contraintes, afin de faire un choix éclairé.
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Dans cet entretien, trois représentants de la Fédération française de la franchise (FFF) apportent leur éclairage complémentaire : Stéphanie Boutillon, responsable de la communication, Chloé Doguet, chargée de développement et de l'adhésion des enseignes et des experts, et Boris Flèche, directeur du développement et de la formation et dirigeant de l'Académie de la franchise. Ensemble, ils décryptent les clés de réussite du modèle, les points de vigilance et les ressources disponibles pour accompagner les futurs franchisés.

Interview Question/Réponse

Bpifrance Création : Que signifie entreprendre en franchise et comment cela fonctionne ?

Boris Flèche : La franchise consiste à entreprendre dans un secteur d'activité en s'appuyant sur une enseigne ou un concept ayant déjà fait ses preuves. Ce modèle permet de créer son entreprise en bénéficiant d'une base solide et éprouvée. 

Le franchiseur transmet trois éléments clés pour permettre au franchisé de dupliquer le concept. Tout d'abord, il met à disposition une marque, déjà connue et soutenue par des actions de communication. Ensuite, il partage un savoir-faire structuré, comprenant son expertise métier, ses méthodes, ses outils et ses techniques. Cette transmission s'appuie notamment sur un manuel opératoire détaillé, ainsi que sur une formation initiale dont la durée et les modalités varient selon les réseaux, allant de quelques jours à plusieurs mois pour les concepts les plus complets. 

Enfin, un accompagnement continu. Celui-ci débute dès la phase de création, pour le montage du projet, ou encore le choix du local. Il se poursuit tout au long de l'exploitation, via des fonctions support telles que le marketing, la communication, l'approvisionnement ou encore l'assistance technique. Cette dynamique s'appuie également sur l'animation du réseau, avec des échanges réguliers et des visites sur site. 

En contrepartie, le franchisé s'acquitte d'un droit d'entrée, puis de redevances qui financent l'ensemble de ces services. Le modèle de la franchise repose ainsi sur partenariat entre deux entreprises juridiquement et financièrement indépendantes, dont les relations sont définies par un contrat de franchise. 

Bpifrance Création : Comment se fait la rencontre entre franchiseur et franchisé ?

BF : Le franchiseur communique activement sur son réseau, via des supports dédiés ou lors de salons, afin de faire connaître son enseigne et d’attirer des candidats pour accompagner son développement. De son côté, le franchisé compare les réseaux existants sur le secteur d’activité qui l’intéresse. La particularité de la relation de franchise réside dans le choix mutuel des deux partenaires. 

D’un côté, un franchiseur cherche à commercialiser son concept, mais veut s’assurer que la personne qui va rejoindre le réseau a le bon profil. De l’autre, le franchisé doit s’assurer que le réseau qu’il souhaite rejoindre propose un modèle économique intéressant et un accompagnement qualitatif et suffisant par rapport à son projet. 

Cette étape est essentielle car la relation entre franchiseur et franchisé s’inscrit dans la durée : les contrats sont généralement conclus pour 5 à 7 ans, voire davantage.

Bpifrance Création : Quelles sont les principales différences entre entreprendre seul et en franchise, et quels en sont les avantages ?

BF : La différence se situe au niveau du choix du partenaire avec lequel l’entrepreneur veut avancer. En choisissant la franchise, il entreprend avec une enseigne, une structure, une équipe en place. Dans les deux cas, il reste un chef d’entreprise, donc il réalise son étude de marché, travaille son prévisionnel avec son expert-comptable et prend un avocat pour relire le contrat de franchise avant de s’engager. 

Stéphanie Boutillon : En revanche, le porteur de projet n’a pas forcément besoin d’arriver avec une idée, ce qui représente un gain de temps indéniable dans la mise en place de son entreprise. 

Il peut également s’appuyer sur son franchiseur dans le montage de sa structure, lui laissant le temps de se familiariser avec les éléments juridiques. Attention, le franchiseur ne fait rien à sa place, mais le franchisé bénéficie d’un accompagnement à chaque étape. La prise de risque est nettement moins importante que s’il crée son entreprise “à partir de zéro”. 

BF : L’entrepreneur bénéficie d’une marque déjà installée, lui permettant d’attirer plus rapidement des clients que dans le cadre d’une création ex nihilo. Un autre avantage réside dans les conditions d’approvisionnement en produits ou en matières premières. Grâce à l’effet réseau, les achats mutualisés permettent de bénéficier de conditions négociées plus favorables. 

Un futur franchisé bénéficie des retours d’expériences d’autres franchisés. En tant que chef d’entreprise, il rencontrera inévitablement des difficultés. Quand il y sera confronté, pouvoir s’appuyer sur l’expérience de personnes passées par les mêmes étapes que lui est très bénéfique. 

Même dans le cas où l’investissement initial peut être important, le fait d’exploiter un concept calibré et de bénéficier d’avantages liés au réseau entraîne généralement une rentabilité plus rapide. 

Bpifrance Création : Quelles sont les contraintes de la franchise ?

BF : Bien que le franchisé soit indépendant et pilote lui-même son entreprise, il doit se plier à certaines exigences et accepter d’entreprendre dans un cadre déterminé au niveau de l’offre commerciale. Le rôle de l’enseigne est d’assurer l’homogénéité de l’offre et de sécuriser l’image de marque et le savoir-faire. Par conséquent, en cas de difficultés rencontrées par l’enseigne, qu’elles soient de nature juridique ou réputationnelle, le franchisé sera forcément impacté. 

Ce dernier doit également accepter d’entrer dans un réseau. Une fois que l’entrepreneur a pris de la maturité, il doit prendre le temps de partager son expérience avec les nouveaux franchisés. Le retour terrain est ce qui permet de faire évoluer le concept et l’enseigne. 

SB : C’est un état d’esprit particulier, pas forcément adapté à tous les entrepreneurs[MS11.1]. Ce modèle rassure ceux qui n’ont pas forcément la capacité de tout gérer individuellement sans l’appui d’une tête de réseau sur le marketing, sur les achats, etc. 

Bpifrance Création : Est-ce que des secteurs d'activité sont plus propices à la franchise que d'autres ?

SB : Le panel d’activités possibles est très large, presque 90 secteurs d’activité. Certains sont très représentés comme l’hôtellerie, la restauration ou les services à la personne et aux entreprises. 

Chloé Doguet : De nouvelles activités apparaissent : dans la cryothérapie, l’impression 3D ou la généalogie successorale. La franchise qui était restée sur des concepts plus « standardisables » commence à toucher plus de secteurs d’activité. 

Bpifrance Création : Le modèle de financement de la franchise est-il accessible à tout le monde ?

CD : Oui ! Les investissements diffèrent en fonction des enseignes. Certaines nécessitent des fonds importants en raison des quantités de stocks et d’équipements à financer. D’autres sont plus accessibles : investissement limité, absence de local commercial, etc.

Le modèle de la location-gérance, par exemple, permet au franchisé d’entreprendre sans acquérir le fonds de commerce. Il loue le fonds au franchiseur qui en reste propriétaire. 

BF : Le plus souvent, le porteur de projet se finance par une part d’apport personnel, en moyenne 30 % de l’investissement total, et par le financement bancaire. La part d’apport personnel peut être légèrement réduite par rapport à l’entrepreneuriat individuel, parce que le réseau bien établi qui le forme et l’accompagne rassure les banques. 

Dans l’enquête annuelle de la franchise réalisée avec Banque Populaire et Kantar, il est indiqué que 63 % des franchisés ont lancé leur activité avec un investissement initial inférieur à 200 000 €, donc avec un apport personnel de moins de 65 000 €. Il s’agit, certes, d’une belle enveloppe, mais qui n’est pas inaccessible, même pour des profils plus jeunes. 

SB : Nous en rencontrons de plus en plus : l’âge moyen d’un franchisé au lancement est maintenant de 35 ans. 

Bpifrance Création : Au niveau du financement, quels sont les acteurs vers lesquels les franchisés peuvent se tourner ?

CD : Ils peuvent trouver des solutions de financement auprès de Bpifrance ainsi que des banques possédant un pôle franchise – commerce organisé, telles que Banque populaire ou Société générale, qui étudient les réseaux en raison d’un fort intérêt pour ce modèle entrepreneurial. 

Bpifrance Création : Quel est le piège à éviter au moment de se lancer ?

BF : Le piège est de vouloir aller trop vite : un projet de franchise ne peut se faire dans la précipitation. Nous voyons des franchisés se lancer sans préparation ni accompagnement. Il est nécessaire de se poser, de prendre le temps de se renseigner sur les différents concepts et les engagements à respecter. Il faut faire une immersion : si elle n’est pas proposée par le franchiseur dans le processus de sélection, il faut demander à aller faire un « vis ma vie de franchisé » sur le terrain et se rendre compte du métier. 

Bpifrance Création : Comment la FFF accompagne-t-elle les porteurs de projet ?

BF : Pour les porteurs de projet, la Fédération intervient avant tout comme un acteur d’orientation. Toute personne intéressée par la franchise peut solliciter la FFF pour comprendre le fonctionnement et les spécificités du modèle et être orientée vers les bons interlocuteurs, notamment un réseau d’experts : avocats, experts-comptables, conseils spécialisés.

La FFF ne réalise pas d’accompagnement individuel ou de mise en relation directe avec des enseignes, mais facilite l’accès à l’information. Son site propose par exemple des fiches détaillées sur les réseaux membres, tandis que des événements comme le salon Franchise Expo Paris permettent aux entrepreneurs de rencontrer directement les enseignes.

CD : La Fédération anime également l’écosystème en organisant des rencontres et en mettant à disposition un accompagnement juridique, des formations certifiées et des parcours de montée en compétences.

Par ailleurs, la FFF s’inscrit dans une logique de représentation et de sécurisation du modèle, en menant des actions de défense des entrepreneurs et en proposant des dispositifs de médiation entre les acteurs. Elle fédère aujourd’hui près de 200 réseaux, représentant une part significative de l’activité de la franchise en France.
 

Bpifrance Création : Quels conseils donneriez-vous à un porteur de projet intéressé par la franchise ?

SB : Il doit d’abord prendre son temps, bien se connaître, chercher les infos, et se faire accompagner par des experts. 

BF : Il faut commencer par réaliser un auto-diagnostic : pourquoi je veux entreprendre ? Suis-je prêt à passer du statut de salarié à celui de chef d’entreprise ? Ou suis-je prêt à passer d’entrepreneur solo à entrepreneur dans un réseau ? En franchise, il y a un cadre à accepter. Il faut être aligné avec le concept et prêt à jouer le jeu.

SB : En revanche, l’encadrement ne signifie pas qu’il n’y a rien à faire. Le porteur de projet doit avoir conscience du niveau d’investissement personnel et du travail que cela représente. 
 

Ilan Veysseyre - Rédacteur web
Juin 2026